Bien choisir sa femme ou son mari.

Il y a quelque chose dans la vie de tout le monde qui est très important. Quel sera mon état de vie, ma vocation ? Serais-je marié, religieux ou célibataire?

L’état de virginité est sans doute le plus parfait, mais il dépend de la volonté de Dieu. Personne ne doit choisir sa vocation sans consulter la volonté de Dieu et ses propres compétences. La première chose à faire pour connaître sa vocation est la prière (« Seigneur, que voulez-vous que je fasse? ») et autant que possible le conseil de personnes sages, en particulier du confesseur et des parents quand ils sont spirituels. Voir aussi des livres comme l’Art d’arriver au vrai, Chapitre III, Le Choix d’une carrière et faire une retraite spirituelle de st Ignace, ou au moins voir comment faire une bonne élection, indiquée dans son livre : Exercices spirituels de St Ignace.

1) Votre vocation est le célibat.

Oui, la vocation au célibat existe, sans pour autant obliger à entrer dans un ordre religieux. « La femme sans mari et la vierge ont souci des affaires du Seigneur » (1Co 7,34). Dieu a choisi pour vous la meilleure part, réjouissez-vous. Le célibat implique une plus grande consécration à Dieu. Mais comme vous êtes encore dans le monde, vous allez devoir travailler ou trouver une occupation convenable parce qu’il n’est permis à personne de rester dans l’oisiveté.

« C’est donc une grande erreur de combattre par principe le travail des femmes. Que doit faire une femme qui ne peut se marier ou qu’un mari laisse dans la détresse : doit-elle se laisser mourir de faim ou se précipiter dans le vice ? » « Le penchant à l’oisiveté que l’on remarque chez les femmes dans l’aisance, est du reste aussi préjudiciable que le travail des femmes dans les fabriques. Il est vrai que les conditions de la vie sont bien changées et contribuent à laisser les femmes sans occupation ; tandis qu’autrefois la femme s’occupait de tout ce qui concernait l’économie domestique (couture, broderie, tissage, filature, etc.), aujourd’hui, par suite de l’emploi des machines, les objets du ménage sont d’un bon marché, tel qu’on s’imagine dissiper son argent en les faisant soi-même. Du reste, les nombreuses femmes auxquelles sont refusées les joies d’un foyer, souffrent du manque d’occupations. Mais si la femme a moins à faire chez elle, sa tendance à l’oisiveté est encore nourrie par la recherche croissante des jouissances à notre époque. La plupart des jeunes filles regardent le mariage comme un état où elles seront exemptes de travail et de soucis, et n’auront qu’à jouir. » Spirago.

« Les femmes mariées sont soumises à des lois auxquelles elles ne peuvent se soustraire. Quant à la virginité, elle se place au-dessus de toutes les lois. Libre des soins du mariage, elle élève son front au-dessus des intérêts et des préoccupations d’ici-ci bas, et participe à l’auréole des anges. Je me trompe, elle leur est supérieure, car elle a remporté sur la nature une victoire que les anges ne connaissent pas.

La virginité est l’avant-goût de la vie éternelle. Elle n’a pas de sexe : c’est une enfance qui dure toujours. Maîtresse des passions, elle n’a pas d’enfants, elle dédaigne d’en avoir ; mais si elle est privée de la joie de les posséder, elle n’éprouve pas la douleur de les perdre. Heureuse d’éviter les angoisses de l’enfantement, plus heureuse d’éviter celle des funérailles. La virginité, c’est la liberté sans limites : pas de mari pour maître, pas de soins qui se disputent l’existence. Affranchie des liens du mariage, des convenances du monde, des soins des enfants, elle peut affronter sans crainte la persécution. » St Cyprien.

2) Votre vocation est l’état religieux.

Il faut alors rechercher dans quel état religieux ou quel ordre religieux on est appelé à l’aide de la prière et du conseil. Il faut aussi faire attention si on peut choisir à ne pas aller dans un couvent où la règle et la discipline se sont relâchées. Les trois vœux, qui paraissent des chaînes à ceux qui n’y connaissent rien, vous libéreront. Le vœu d’obéissance vous libérera de votre volonté corrompue par l’esprit d’orgueil, d’ambition et de pouvoir, le vœu de chasteté vous libérera des attraits corrompus de votre chair pour permettre à votre esprit de vous commander vous-même, et le vœu de pauvreté vous libérera des attraits des choses vaines de ce monde. Libres des préoccupations du monde, vous vous tournerez plus facilement vers celles de Dieu dans la contemplation.

« Tant il est vrai qu’une fois dégagés des affaires extérieures et libres de nous ouvrir dans le secret de notre âme à la sagesse divine, une fois étouffé le tumulte des préoccupations terrestres dans la joie des méditations saintes et d’éternelles délices, nous éprouvons la vérité de cette parole que « rien ne sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme » (Mt 16,26). Et il apparaît à l’évidence que tout ce qui nous détourne du bonheur éternel ou ne nous aide point à y parvenir n’est que « vanité et affliction d’esprit » (Qo 2,17). » Pie XII, LETTRE APOSTOLIQUE AU PRÉPOSÉ GÉNÉRAL DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS (6 juillet 1940).

3) Votre vocation est celle du mariage.

Belle vocation, mais périlleuse puisqu’elle implique de bien choisir son conjoint. Quand on a su que notre vocation est le mariage, il faut demander à Dieu le promis de son cœur.

Ce promis doit avoir obligatoirement certaines qualités :

1) être catholique, car les mariages mixtes (l’un des époux n’est pas catholique) sont désastreux aussi bien pour le conjoint catholique que pour les enfants qui ne savent pas qui croire. Si on choisit un époux non catholique, les enfants risquent de perdre la foi.

2) être un bon catholique pieux et prudent, et donc connaître son catéchisme, et s’y exercer. C’est à lui que vous allez confier en partie l’éducation de vos enfants. Il prendra aussi des décisions sur l’école où vos enfants iront, et il vaut mieux connaître à l’avance ses choix en la matière plutôt que d’avoir de mauvaises surprises…

3) être suffisamment un bon éducateur. Il faut qu’il soit capable d’éduquer les enfants un minimum, qu’il s’instruise en la matière. Ceux qui s’improvisent parents sans s’instruire ou sans suffisamment de compétences mettent en danger leurs enfants à venir d’être mal élevés.

Mais pour avoir ce promis de vos rêves, il faut le mériter en faisant de soi-même un bon catholique, prudent, instruit de ses devoir de parent et d’époux, et ayant un travail permettant de faire vivre sa famille si on est un homme.

DISCOURS AUX DIRIGEANTES FÉMININES DE L’ACTION CATHOLIQUE ITALIENNE
(21 octobre 1945) 1

Dans ce discours adressé à cinq cents dirigeantes féminines de l’Action catholique italienne, le pape rappelle la mission de la femme au foyer, ses devoirs dans la vie sociale et politique et la préparation qu’ils requièrent.

Les devoirs de la femme dans la vie sociale et politique.

Votre grande affluence autour de Nous, chères filles, tire des circonstances présentes une signification spéciale ; car, s’il Nous est agréable en tout temps de vous accueillir, de vous bénir et de vous donner Nos conseils paternels, il s’y ajoute, à l’heure actuelle, la nécessité de vous parler suivant vos pressantes demandes d’un sujet d’une extrême portée et d’une importance capitale en nos jours : des obligations de la femme dans la vie sociale et politique. Nous souhaitions Nous-même pareille occasion, car l’agitation fébrile d’un présent ballotté et, plus encore, la préoccupation que cause un avenir incertain ont placé la condition de la femme au centre des intérêts aussi bien des amis que des ennemis de Jésus-Christ et de l’Eglise.

Le problème féminin. — La dignité de la femme.

Disons tout de suite que pour Nous le problème féminin, dans son ensemble comme sous chacun de ses multiples aspects particuliers, consiste tout entier dans la sauvegarde et la promotion de la dignité que la femme a reçue de Dieu. Aussi n’est-ce pas pour Nous un problème d’ordre purement juridique ou économique, pédagogique ou biologique, politique ou démographique ; c’en est un qui, même en toute sa complexité, gravite tout entier autour de cette question : comment maintenir et renforcer cette dignité de la femme, aujourd’hui surtout, dans les conjonctures où la Providence nous a placés ? Voir le problème d’une autre manière, le considérer unilatéralement seulement sous l’un quelconque des aspects mentionnés plus haut, reviendrait à l’éluder, sans profit pour personne, et encore moins pour la femme elle-même. Le détacher de Dieu, de l’ordre très sage du Créateur, de sa très sainte volonté, c’est méconnaître le point essentiel de la question, c’est-à-dire la véritable dignité de la femme, dignité qu’elle ne tient que de Dieu et qu’elle ne conserve qu’en Dieu.

Il s’ensuit qu’ils ne sont pas en mesure de considérer comme il faut la question féminine, les systèmes qui excluent Dieu et sa loi de la vie sociale et concèdent aux préceptes de la religion tout au plus une humble place dans la vie privée de l’homme.

C’est pourquoi, dédaignant les mots sonores et creux dont certains revêtirent les revendications du féminisme, vous vous êtes louablement groupées et unies, en tant que femmes et jeunes filles catholiques, afin de répondre comme il convient aux naturelles exigences et au véritable intérêt de votre sexe.

I Qualités particulières aux deux sexes et leur mutuelle coordination.

En quoi donc consiste cette dignité que la femme tient de Dieu ? Interrogez la nature humaine telle que Dieu l’a formée, élevée et rachetée dans le sang de Jésus-Christ.

Dans leur dignité personnelle d’enfants de Dieu, l’homme et la femme sont absolument égaux, comme aussi par rapport à la fin dernière de la vie humaine qui est l’union éternelle avec Dieu dans la félicité du ciel. C’est la gloire impérissable de l’Eglise d’avoir remis cette vérité en lumière et en honneur, et d’avoir libéré la femme d’une servitude dégradante contraire à la nature. Mais l’homme et la femme ne peuvent maintenir et perfectionner cette égale dignité qu’en respectant et mettant en pratique les qualités particulières dont la nature les a dotés l’un et l’autre, qualités physiques et spirituelles indestructibles, dont il n’est pas possible de bouleverser l’ordre sans que la nature elle-même ne parvienne toujours à le rétablir. Ces caractères particuliers qui distinguent les deux sexes se révèlent avec tant de clarté aux yeux de tous que seuls une obstination aveugle ou un doctrinarisme non moins funeste qu’utopique pourraient en méconnaître ou en ignorer à peu près la valeur dans l’organisation sociale.

Bien plus : les deux sexes, en vertu de leurs qualités particulières elles-mêmes, sont ordonnés l’un à l’autre, de manière que cette mutuelle coordination exerce son influence dans toutes les manifestations multiples de la vie humaine et sociale.

Nous Nous bornerons à vous en rappeler deux seulement, à cause de leur importance spéciale : l’état de mariage et celui du célibat volontaire suivant le conseil évangélique.

L’état de mariage.

Le fruit d’une véritable communauté conjugale comprend non seulement les enfants, quand Dieu en accorde aux époux, mais encore les biens matériels et spirituels que la vie de famille offre au genre humain. La civilisation tout entière, sous tous ses aspects, les peuples et la société des nations, l’Eglise elle-même, en un mot, tous les véritables biens de l’humanité en éprouvent les heureux effets là où cette vie conjugale fleurit dans l’ordre, là où la jeunesse s’habitue à la considérer, à l’honorer, à l’aimer comme un saint idéal.

Là au contraire, où les deux sexes, oublieux de l’intime harmonie voulue et établie par Dieu, s’abandonnent à un individualisme pervers ; là où l’un pour l’autre ils ne sont qu’un objet d’égoïsme et de sensualité ; là où ils ne coopèrent pas d’un mutuel accord au service de l’humanité, suivant les desseins de Dieu et de la nature ; là où la jeunesse, insoucieuse de ses responsabilités, légère et frivole dans son esprit et dans sa conduite, se rend moralement et physiquement inapte à la vie sainte du mariage, le bien commun de la société humaine, dans l’ordre spirituel comme dans l’ordre temporel, se trouve gravement compromis, et l’Eglise de Dieu elle-même craint non pour son existence (elle a les promesses divines), mais pour la plus grande fécondité de sa mission parmi les hommes.

Le célibat volontaire suivant le conseil évangélique.

Mais voici que depuis près de vingt siècles, à chaque génération, des milliers et des milliers d’hommes et de femmes, parmi les meilleurs, renoncent librement, pour suivre le conseil de Jésus-Christ, à une famille propre, aux saines devoirs et aux droits sacrés de la vie conjugale. Le bien commun des peuples et de l’Eglise s’en trouverait-il compromis ? Tout au contraire ; ces âmes généreuses reconnaissent l’association des deux sexes dans le mariage commun comme un grand bien. Mais si elles s’éloignent de la vie ordinaire, du sentier battu, loin de le déserter, elles se consacrent au service de l’humanité, dans l’absolu détachement d’elles-mêmes et de leurs intérêts propres, dans une activité comparablement plus large, totale, universelle.

Contemplez ces hommes et ces femmes : voyez-les voués à la prière et à la pénitence, appliqués à l’instruction et à l’éducation de la jeunesse et des ignorants, penchés au chevet des malades et des agonisants, le coeur ouvert à toutes les misères et à toutes les faiblesses, pour les réhabiliter, les réconforter, les soulager, les sanctifier.

La jeunesse chrétienne demeurée célibataire malgré elle.

Quand on pense aux jeunes filles et aux femmes qui renoncent volontairement au mariage pour se consacrer à une vie plus élevée de contemplation, de sacrifice et de charité, un mot lumineux monte aux lèvres : la vocation. C’est le seul mot qui convienne à un sentiment si élevé. Cette vocation, cet appel d’amour se fait entendre des façons les plus diverses, tout comme sont infiniment variées les modulations de la voix divine, invitations irrésistibles, inspirations affectueusement pressantes, douces impulsions. Mais la jeune chrétienne aussi, demeurée célibataire malgré elle, mais qui croit fermement en la Providence du Père céleste, reconnaît au milieu des vicissitudes de la vie la voix du Maître : Magister adest et vocat te, « Le Maître est là et il t’appelle » (Jn 11,28). Elle répond, elle renonce au doux rêve de son adolescence et de sa jeunesse : avoir dans la vie un compagnon fidèle, fonder une famille. Et, devant l’impossibilité du mariage, elle entrevoit sa vocation, et alors, le coeur brisé mais soumis, elle se consacre elle aussi entièrement aux oeuvres de bienfaisance les plus nobles et les plus diverses.

La maternité, jonction naturelle de la femme.

Dans l’un comme dans l’autre état, la fonction de la femme apparaît clairement déterminée par les caractères, les aptitudes, les facultés particulières de son sexe. Elle collabore avec l’homme, mais de la façon qui lui est propre, suivant sa tendance naturelle. Or, la fonction de la femme, sa manière d’être, son inclination innée, c’est la maternité. Toute femme est destinée à être mère ; mère au sens physique du mot, ou bien dans un sens plus spirituel et plus élevé, mais non moins réel.

C’est pour cette fin que le Créateur a ordonné tout l’être propre de la femme : son organisme, mais davantage encore son esprit et, surtout, son exquise sensibilité. Si bien que la femme véritablement telle ne peut considérer ou comprendre à fond tous les problèmes de la vie humaine que sous l’aspect de la famille. Voilà pourquoi le sentiment affiné de sa dignité éveille son inquiétude chaque fois que l’ordre social ou politique menace de porter préjudice à sa mission maternelle, au bien de la famille.

Telles sont aujourd’hui, malheureusement, les conditions sociales et politiques, et elles pourraient encore devenir plus précaires pour la sainteté du foyer domestique et, par conséquent, pour la dignité de la femme. Votre heure a sonné, femmes et jeunes filles catholiques. La vie publique a besoin de vous. A chacune de vous on peut d’ire : Tua res agitur, « c’est ton intérêt qui est en jeu » 2.

Conditions sociales et politiques défavorables à la sainteté de la famille et à la dignité de la femme.

C’est un fait indéniable que, depuis longtemps, les événements publics ont tourné d’une manière défavorable au vrai bien de la famille et de la femme. Et divers mouvements politiques se tournent vers la femme pour la gagner à leur cause. Tel système totalitaire fait miroiter devant ses yeux des promesses merveilleuses : égalité des droits avec l’homme, protection des femmes enceintes et en couches, cuisines et autres services communs qui la délivrent du poids des soucis domestiques, jardins d’enfants et autres institutions soutenues et administrées par l’Etat et les municipalités qui la dispensent de ses obligations maternelles à l’égard de ses propres enfants, écoles gratuites, assistance en cas de maladie.

On ne peut nier les avantages que l’on peut tirer de l’une ou l’autre de ces mesures sociales, si on les applique comme il faut. Bien plus : Nous-même, en une autre occasion, Nous avons fait remarquer que l’on doit à la femme, pour le même travail et à

2 Horace, Ep. 1, 18, 84.

parité de rendement, la même rémunération qu’à l’homme3. Reste toujours le point essentiel de la question, celui que Nous avons relevé : la condition de la femme s’en est-elle trouvée améliorée ?

L’égalité des droits avec l’homme lui a imposé, avec l’abandon de la maison où elle était reine, la même quantité et durée de travail. On a oublié sa véritable dignité et le fondement normal de tous ses droits, c’est-à-dire le caractère propre de son être féminin et l’intime coordination des deux sexes. On a perdu de vue la fin proposée par le Créateur pour le bien de la société humaine, et surtout de la famille. Dans les concessions faites à la femme, il est facile de découvrir, plus que le respect de sa dignité et de sa mission, le souci de renforcer la puissance économique et militaire de l’Etat totalitaire, auquel tout doit être inexorablement subordonné.

D’un autre côté, la femme pourra-t-elle attendre son véritable bien-être d’un régime de capitalisme prédominant ? Inutile de vous exposer maintenant les conséquences économiques et sociales qui en découlent. Vous en connaissez les signes caractéristiques et vous en supportez vous-mêmes le poids : concentration excessive des populations dans les villes, accroissement progressif et envahissant des grandes entreprises, condition difficile et précaire des autres industries, spécialement de l’artisanat et encore plus de l’agriculture, extension inquiétante du chômage. Remettre le plus possible en honneur la mission de la femme et de la mère au foyer domestique, tel est le mot d’ordre qui s’élève de toutes parts, tel un cri d’alarme, comme si le monde constatait avec une sorte d’épouvante les résultats d’un progrès matériel et technique dont il se montrait auparavant orgueilleux.

Examinons la réalité des choses.

Absence de la femme du foyer domestique.

Voici la femme qui, pour ajouter quelque chose au salaire de son mari, s’en va, elle aussi, travailler à l’usine, ‘laissant la maison abandonnée pendant son absence. Celle-ci — peut-être déjà minable et étroite — devient encore plus misérable faute de soins. Les membres de ‘la famille travaillent séparément aux quatre coins de la ville et à des heures différentes ; ils ne sont presque plus jamais ensemble : ni pour manger, ni pour se délasser après la fatigue de la journée, encore moins pour la prière en commun. Que reste-t-il de la vie de famille ? Quels attraits peut-elle avoir pour les enfants ?

3 Voir discours du 15 août 1945 ; cf. ci-dessus, p. 177.

Déformation dans l’éducation de la jeune fille.

A ces pénibles conséquences de l’absence de la femme et de la mère du foyer domestique vient s’en ajouter une autre encore plus déplorable : Nous voulons dire l’éducation de la jeune fille en particulier et sa préparation aux réalités de la vie. Accoutumée à voir sa mère toujours hors de la maison, et la maison elle-même si triste dans son abandon, elle sera incapable d’y trouver le moindre charme ; elle ne prendra plus le moindre goût aux austères occupations domestiques ; elle n’en saura pas comprendre la noblesse et la beauté ni désirer s’y consacrer un jour comme épouse et comme mère. Cela est vrai à tous les degrés sociaux, dans toutes les conditions de vie. La fille de la femme du monde qui voit tout le gouvernement de la maison abandonné aux mains d’étrangers, tandis que sa mère se complaît en des occupations frivoles ou en futiles divertissements, suivra son exemple et voudra s’émanciper au plus tôt et, suivant une expression navrante, « vivre sa vie ». Comment pourrait-elle concevoir le désir d’arriver à être un jour une véritable domina, c’est-à-dire une maîtresse de maison dans une famille heureuse, prospère et digne ?

Quant aux classes laborieuses, obligées de gagner le pain de chaque jour, la femme, si elle réfléchissait bien, se rendrait peut-être compte que bien souvent le supplément de gain qu’elle obtient en travaillant hors de la maison est facilement dévoré par de nouvelles dépenses ou bien par des gaspillages ruineux pour l’économie familiale. La jeune fille qui sort, elle aussi, travailler dans une usine, dans une administration, dans un bureau, arrive à s’étourdir dans l’agitation du monde où elle vit, à s’éblouir du clinquant d’un faux luxe, à convoiter les plaisirs troubles qui distraient sans rassasier ni délasser, dans ces salles de « revues » ou de danse qui pullulent partout, souvent avec un objectif de propagande partisane, et corrompent la jeunesse ; elle devient une « femme de classe », pleine de mépris pour les principes surannés d’un autre siècle ; comment pourrait-elle ne pas trouver inhospitalière et plus triste qu’elle n’est en réalité la modeste habitation où l’on vit renfermé ? Pour qu’elle s’y plaise, pour qu’elle éprouve le désir de s’y établir un jour à son tour, il faudrait qu’elle pût corriger ses impressions spontanées par le sérieux de la vie intellectuelle et morale, par la vigueur de l’éducation religieuse et de l’idéal surnaturel. Mais quelle formation religieuse a-t-elle reçue dans de telles conditions ?

Et ce n’est pas tout. Quand, avec les années, sa mère, vieillie avant le temps, épuisée et brisée par des fatigues au-dessus de ses forces, par les ‘larmes, par les angoisses, la verra, le soir, rentrer tard à ‘la maison, loin de trouver en elle une aide, un soutien, elle devra tenir auprès de sa fille incapable et inexpérimentée dans les ouvrages féminins et domestiques tout le rôle d’une servante. Le sort du père ne sera pas meilleur lorsque l’âge, les maladies, les infirmités, le manque de travail le réduiront à dépendre de la bonne ou mauvaise volonté de ses enfants. L’auguste, la sainte autorité du père et de la mère voient ainsi leur majesté détrônée.

II
Devoir de la femme de participer aujourd’hui à la vie publique.

Ainsi donc, allons-nous conclure que vous autres, femmes et jeunes filles catholiques, vous devez vous montrer rétives au mouvement qui vous emporte, de gré ou de force, dans l’orbite de la vie sociale et politique ? Certainement non.

Devant les théories et les méthodes qui par différentes voies arrachent la femme à sa propre mission et grâce au mirage d’une émancipation effrénée, qui n’est en fait qu’une misère sans espérance, la dépouillent à la fois de sa dignité personnelle et de sa dignité de femme, Nous avons entendu le cri d’alerte qui réclame au maximum sa présence active au foyer domestiqua

La femme est, en fait, tenue hors de la maison, non seulement en raison de son émancipation proclamée, mais souvent aussi par les nécessités de la vie, par l’obsédant aiguillon du pain quotidien. On prêchera donc en vain le retour au foyer, aussi longtemps que dureront les conditions qui, en bien des cas, la contraignent à en rester éloignée. Et ainsi se manifeste le premier aspect de votre mission dans la vie sociale et politique qui s’ouvre devant vous. Votre entrée dans cette vie s’est produite soudainement, par l’effet de bouleversements sociaux dont nous sommes les témoins. Qu’importe ! Vous êtes appelées à y prendre part. Laisseriez-vous à d’autres, à celles qui se sont faites les promotrices ou les complices de la ruine du foyer familial, le monopole de l’organisation sociale dont la famille est l’élément principal comme unité économique, juridique, spirituelle et morale ? Le sort de la famille, le sort de la communauté humaine sont en jeu : ils sont entre vos mains, tua res agitur. Toute femme, par conséquent, sans exception, a, entendez bien, le devoir, le strict devoir de conscience de ne pas rester absente, d’entrer en action (dans les formes et de la manière qui conviennent à la condition de chacune), pour contenir les courants qui menacent le foyer, pour combattre les doctrines qui ébranlent ses fondements, pour préparer, ordonner et mener à bien sa restauration.

A ce motif impérieux qu’a la femme catholique de s’engager dans le chemin ouvert aujourd’hui à son activité, s’en ajoute un autre : sa dignité de femme. Elle doit concourir avec l’homme au bien de la cité, où elle est son égale en dignité. Tous deux ont le droit et le devoir de coopérer au bien total de la société et de la patrie. Mais il est clair que si l’homme est, par tempérament, plus porté aux affaires extérieures, aux affaires publiques, la femme possède, généralement parlant, une plus grande perspicacité et un tact plus fin pour comprendre et résoudre les délicats problèmes de la vie domestique et familiale, base de toute la vie sociale, ce qui n’empêche pas que certaines savent faire preuve d’une grande compétence dans n’importe quel domaine de l’activité publique.

Tout cela est une question non pas tant d’attributions différentes que de façon de juger et d’en venir aux applications concrètes et pratiques. Prenons le cas des droits civils : ils sont aujourd’hui les mêmes pour tous les deux. Mais ils seront exercés avec d’autant plus de discernement et d’efficacité que l’homme et la femme parviendront à se compléter mutuellement. La sensibilité et la délicatesse propres de la femme, qui pourraient la livrer à ses impressions et risqueraient ainsi de porter préjudice à la clarté et à l’étendue des vues, à la sérénité des appréciations, à la prévision des conséquences lointaines, sont au contraire une aide précieuse pour mettre en lumière les exigences, les aspirations, les périls d’ordre domestique, charitable et religieux.

Le vaste domaine d’activité de la femme dans la vie civile et politique actuelle.

L’activité féminine se déploie en grande partie dans les travaux et les occupations de la vie domestique, qui contribuent, plus et mieux qu’on ne pourrait généralement le penser, aux véritables intérêts de la communauté sociale. Mais ces intérêts exigent, en outre, une légion de femmes qui disposent de plus de temps pour pouvoir s’y consacrer plus directement et entièrement. Quelles pourront donc être ces femmes, sinon spécialement (Nous ne voulons pas dire exclusivement) celles dont Nous parlions tout à l’heure, celles à qui d’impérieuses circonstances ont imposé cette mystérieuse vocation, celles que les événements ont vouées à une solitude qui n’entrait ni dans leurs intentions ni dans leurs aspirations et paraissait les condamner à une vie égoïstement inutile et sans but ? Et voici que, bien au contraire, leur mission s’avère aujourd’hui multiple, militante, absorbant toutes leurs énergies, et telle que peu d’autres femmes, vaquant aux affaires de la famille et de l’éducation de leurs enfants, ou assujetties au saint joug de la règle, seraient également à même de l’assurer.

Jusqu’à présent, quelques-unes de ces femmes se dévouaient avec un zèle souvent admirable aux oeuvres paroissiales. D’autres, aux vues toujours plus larges, se consacraient à des oeuvres sociales et morales de haute portée. Leur nombre, par suite de la guerre et des calamités qu’elle a entraînées, s’est considérablement accru. Beaucoup d’hommes de valeur sont tombés durant l’horrible guerre ; d’autres en sont revenus infirmes. Quantité de jeunes filles, par conséquent, attendront vainement la venue d’un époux et l’éclosion de nouvelles vies dans leur demeure solitaire. Mais en même temps, les nécessités nouvelles créées par l’entrée de la femme dans la vie civile et politique se sont mises à réclamer son concours. Ne serait-ce là qu’une curieuse coïncidence ou faut-il y voir une disposition de la divine Providence ?

Dans ces conditions, le champ d’action est vaste qui s’offre aujourd’hui à la femme, et il peut être, suivant les aptitudes et le caractère de chacune, ou intellectuel ou plus pratiquement actif. Etudier et faire connaître la place et le rôle de la femme dans la société, ses droits et ses devoirs ; se faire l’éducatrice et le guide de ses propres soeurs, redresser les idées, dissiper les préjugés, apporter de la clarté d’ans les confusions, expliquer et propager la doctrine de l’Eglise pour détruire plus sûrement l’erreur, l’illusion et le mensonge, pour déjouer plus efficacement la tactique des adversaires du dogme et de la morale catholique : travail immense et d’impérieuse nécessité, sans lequel tout le zèle apostolique n’obtiendrait que des résultats précaires. Mais l’action directe est également indispensable, si l’on ne veut pas que les saines doctrines et les solides convictions restent, sinon absolument platoniques, du moins pauvres en résultats pratiques.

Cette participation directe, cette collaboration effective à l’activité sociale et politique n’altèrent en rien le caractère propre de l’activité normale de la femme. Associée à l’homme dans le domaine des institutions civiles, elle s’appliquera principalement aux questions qui exigent du tact, de la délicatesse et de l’instinct maternel plutôt que de la rigueur administrative. Qui mieux qu’elle peut comprendre ce que requièrent la dignité de la femme, l’intégrité et l’honneur de la jeune fille, la protection et l’éducation de l’enfant ? Et sur tous ces sujets, combien de problèmes réclament l’attention et l’action des gouvernements et des législateurs ? Seule, ‘la femme saura, par exemple, tempérer par sa bonté, la répression du libertinage sans préjudice pour son efficacité. Seule, elle pourra trouver les moyens de libérer de l’abjection, d’élever dans l’honnêteté et les vertus religieuses et civiles l’enfance moralement abandonnée. Seule, elle parviendra à faire fructifier l’oeuvre du patronage et de la réhabilitation de ceux qui sont sortis de prison et des jeunes filles tombées. Seule, elle fera jaillir de son coeur l’écho du cri des mères à qui un Etat totalitaire, de quelque nom qu’il s’appelle, voudrait arracher l’éducation de leurs enfants.

Quelques considérations pour terminer.

a) Sur la préparation et la formation de la femme à la vie sociale et politique.

Ainsi Nous avons tracé le programme des devoirs de la femme, dont l’objet pratique est double : sa préparation et sa formation à la vie sociale et politique, le développement et la réalisation de cette vie politique et sociale dans le domaine privé et public.

Il est clair que le rôle de la femme ainsi compris ne s’improvise pas. L’instinct maternel est en elle un instinct humain, que la nature n’a pas déterminé jusque dans le détail de son application ; il est dirigé par une volonté libre, et celle-ci, à son tour, est guidée par l’intelligence. De là sa valeur morale et sa dignité, comme aussi son imperfection qui doit être compensée et rattrapée par l’éducation.

L’éducation féminine de la jeune fille et, bien souvent, de la femme adulte, est donc une condition nécessaire de leur préparation et de leur formation à une vie digne d’elles, l’idéal serait, évidemment, que cette éducation pût se réaliser dès l’enfance et dans l’intimité du foyer chrétien sous l’action de la mère. Malheureusement, il n’en est pas toujours ainsi et ce n’est pas toujours possible. Malgré tout, on peut suppléer, au moins en partie, à cette déficience, en procurant à la jeune fille obligée de travailler en dehors de la maison l’une ou l’autre de ces occupations qui sont, en quelque manière, l’apprentissage et l’entraînement à la vie à laquelle elles sont destinées. C’est ce but que visent les écoles ménagères, qui ont pour mission de faire des fillettes et des jeunes filles d’aujourd’hui les femmes et les mères de demain.

Comme ce genre d’institutions mérite l’éloge et l’encouragement ! Elles sont l’un des cadres où peuvent le mieux s’exercer et se prodiguer votre sentiment et votre zèle maternel, et l’un des plus efficaces, car le bien que vous y faites se propage indéfiniment en mettant vos élèves en mesure de faire à d’autres, en famille ou au-dehors, le bien que vous leur avez fait à elles-mêmes.

Et que dire encore de tant d’autres oeuvres par lesquelles vous aidez les mères de famille aussi bien dans leur formation intellectuelle et religieuse que dans les circonstances douloureuses ou difficiles de leur vie ?

b) Sur la réalisation pratique de la vie sociale et politique de la femme.

Cependant, votre action sociale et politique dépend en grande partie de la législation de l’Etat et des administrations municipales. C’est pourquoi le bulletin de vote aux mains de la femme catholique est un moyen important pour accomplir son rigoureux devoir de conscience, surtout dans les temps actuels.

En effet, l’Etat et la politique ont en propre le devoir d’assurer à la famille de n’importe quelle classe sociale les conditions nécessaires d’existence et de développement, comme unité économique, juridique et morale. Alors, la famille sera vraiment la cellule vitale d’une humanité qui recherche honnêtement son bien terrestre et éternel. Tout cela, la femme véritablement femme le comprend parfaitement. Ce qu’elle ne comprend pas, ni ne peut comprendre, c’est que par politique on entende la domination d’une classe sur les autres, la visée ambitieuse d’une extension toujours plus grande de la domination économique et nationale, quelque raison qu’on invoque. Elle sait que pareille politique ouvre la route à la guerre civile sourde ou déclarée, à la charge toujours plus lourde des armements et au danger permanent de guerre. Elle sait par expérience que cette politique tourne de toute façon au préjudice de la famille, qui doit la payer chèrement de ses biens et de son sang. C’est pourquoi nulle femme sage n’est favorable à une politique de lutte de classes ou de guerre. Sa marche à l’urne électorale est une marche de paix. Ainsi donc, dans l’intérêt et pour le bien de la famille, la femme entreprendra cette marche et refusera toujours son vote à toute tendance, d’où qu’elle vienne, qui voudrait assujettir à de cupides égoïsmes de domination la paix intérieure et extérieure du peuple.

Courage donc, femmes et jeunes filles catholiques ! Travaillez sans relâche et sans vous laisser jamais décourager par les difficultés et les obstacles. Soyez, sous l’étendard du Christ-Roi, sous le patronage de la Mère admirable, Reine des mères, les restauratrices du foyer, de la famille, de la société.

Que descendent sur vous abondamment les grâces divines, en gage desquelles Nous vous donnons, avec toute l’affection de Notre coeur paternel, la Bénédiction apostolique.

ALLOCUTION AUX HOMMES DE L’ACTION CATHOLIQUE ITALIENNE A L’OCCASION DU XXe ANNIVERSAIRE DE SA FONDATION

(20 septembre 1942)1

A l’occasion du XXe anniversaire de la fondation de l’Union des hommes d’Action catholique de l’Italie, qui compte 6000 associations, le pape a adressé l’allocution suivante à plusieurs milliers d’hommes venus de 128 diocèses d’Italie et qui lui furent présentés par le président de l’Union, Piero Panighi, et l’assistant ecclésiastique, Mgr Fernando Roveda.

ESPRIT DE FOI ET D’AMOUR
Votre présence Nous est extrêmement agréable, chers fils qui vous glorifiez de vous montrer des hommes d’Action catholique, semblables à une troupe qui tient haut le drapeau de la profession de son christianisme dans la vie privée et la vie publique. L’esprit de foi et de charité est la profonde et sainte poussée qui, sous la haute direction de l’éminent et très zélé cardinal patriarche de Venise2 et des autres prélats illustres, vous ont conduits aux côtés du Vicaire du Christ pour lui offrir l’hommage de votre esprit et de votre coeur, pour lui signaler avec une légitime liberté, comme en une hymne de joie filiale, le bien que votre activité, durant vingt ans, a accompli ou fait progresser au service du divin Roi, et pour Nous offrir vos dons, ainsi que le firent les pasteurs et les mages à Jésus, si pauvre dans sa richesse. Vous avez été poussés à venir non seule

1 D’après le texte italien des A. A. S., 34, 1942, p. 282 ; cf. la traduction française des Actes de S. S. Pie Xli, t. IV, p. 222. Les sous-titres sont ceux du texte original.

ment par la foi et par l’amour, mais aussi par l’espérance que Notre coeur et Notre pauvre parole auraient aussi à votre adresse de paternels avis et encouragements.

Votre oeuvre ? Elle est là, devant Nous, en vous et dans votre vie sociale. Nous avons lu avec une satisfaction particulière le lumineux rapport dans lequel votre très digne et infatigable président Nous a décrit et présenté votre zèle. Vos offrandes ? Nous les avons regardées et admirées dans cette exposition extraordinairement vaste et belle. Nous vous en remercions du plus profond de l’âme. Est-ce que ne brillent pas dans ces offrandes à côté du don, l’amour qui les donne et la joie avec laquelle elles sont données ? Est-ce que Nos conseils et Nos exhortations ne doivent pas correspondre à votre activité toujours plus étendue et plus importante ?

EFFICACITÉ
DE LA COLLABORATION DES HOMMES CATHOLIQUES POUR LA RENAISSANCE SPIRITUELLE DE LA SOCIÉTÉ HUMAINE
Notre pensée, Notre attente — tout en embrassant l’Eglise et l’humanité tout entières, dans l’étreinte de la charité et dans l’espérance du bien qui est le fruit de la lutte contre l’erreur et les passions — reposent particulièrement sur vous qui, à la maturité d’hommes faits, unissez la connaissance et l’expérience du sérieux de la vie, des vicissitudes et des besoins spirituels, moraux et matériels qui l’accompagnent et la suivent ; car, dans l’esprit et dans les mains des hommes mûrs se trouvent le savoir, le travail judicieux, le vigilant et bienfaisant gouvernement de la famille et du mouvement social. Vous êtes le nerf de la société ; dans votre maturité gît la racine de votre dignité. Dieu ne créa pas le premier homme à l’état d’enfant, mais dans la plénitude de ses forces et de ses perfections corporelles et spirituelles, car il était destiné à être le père, le maître, le guide de toute la famille humaine qui devait sortir de lui. Le genre humain, malheureusement, tomba, et son histoire, dont la première page fut maculée du sang fraternel répandu, n’a pas cessé d’être ensanglantée au cours des siècles, même après que l’homme fut relevé à la hauteur de sa première dignité par le Verbe de Dieu fait chair.

L’Eglise du Christ est la lumière du monde, elle est le sel de la terre, elle est la colonne de la vérité et de la grâce, elle est la chaire de la paix et de la justice. Dans la douloureuse fermentation de l’humanité, il ne s’agit de rien moins que de tout restaurer et réordonner en Jésus-Christ, de rétablir dans son intégrité et sa vigueur tout l’ensemble de ce corps, dont le Christ est la tête, et qui, tout en triomphant dans le ciel, souffre et combat sur la terre. L’Eglise, fondée sur Pierre, Prince des apôtres, est l’unique bergerie du Christ. Et le Christ, qui donne sa vie pour ses ouailles, afin de les faire vivre en lui et de lui dans son Corps mystique, a d’autres brebis qui ne sont pas encore de son bercail, brebis errantes, inconnues du Pasteur, membres non insérés dans un corps vivifiant, mais séparés, desséchés, sevrés de sève spirituelle, et qu’il est pourtant nécessaire de conduire au divin Pasteur, pour qu’il n’y ait plus qu’un troupeau et un pasteur. En un mot, cette oeuvre de rénovation n’est pas autre chose que le rétablissement du règne de Dieu, inauguré par le Christ, qu’il nous faut chercher d’abord, tandis que le reste nous sera donné par surcroît (Mt 6,33).

On parle beaucoup, aujourd’hui, d’établir un ordre nouveau. A la veille du premier avènement du Christ, quand le monde romain paraissait être l’univers, on attendait déjà un ordre nouveau, et le doux Virgile en chantait la grande espérance, avec le retour de la virginale déesse de la justice : Magnus ab integro saeclorum nascitur ordo ; jam redit et Virgo 3.

En ce moment encore, le monde entier sent le besoin d’une renaissance de l’ordre, où chacun doive travailler à sa façon, à sa place, pour sa part. Voyez les hommes d’Etat : quelle est donc, que veut donc être leur noble mission ? N’est-ce pas d’assurer le bien commun dans l’ordre temporel, en harmonie, bien entendu, avec les exigences de l’ordre éternel et surnaturel ? Voyez, d’autre part, l’Eglise. Sa mission est encore plus haute : restaurer, promouvoir, étendre au sein de la société humaine le règne de Dieu, hors duquel il est impossible de raffermir, même sur le plan purement naturel, cet ordre véritable et sincère, permanent et serein, qui est la juste définition de la paix. Sans doute, il n’est pas donné à tous d’être hommes d’Etat ou d’Eglise, mais même les simples citoyens, les simples fidèles, dans la force adulte de leur jugement et de leur action, résolument dévoués à l’Eglise et à l’Etat, peuvent, par un travail souvent humble et obscur, mais diligent et efficace, soutenir et aider les deux sociétés, religieuse et civile, dans le progrès et la poursuite de leurs fins respectives.

3 Eclog., 4, 5-6.

1) PAR L’INFLUENCE DE LA VIE PERSONNELLE
Si modeste que puisse être la condition de quelques-uns d’entre vous, chers catholiques, si réduits que soient vos moyens et vos champs d’action, c’est déjà beaucoup que d’établir ou de rétablir d’abord en vous-mêmes le règne de Dieu. Et pourquoi ? Parce que, comme disait le divin Maître, c’est de l’abondance du coeur que la bouche parle (Mt 12,34). Un catholique convaincu, fervent, généreux, d’une foi active, quelle grande chose déjà ! Supposons, comme Nous voulons le croire, que chacun des deux cent mille hommes de l’Action catholique italienne soit chrétien catholique à fond, de pensée, de volonté, de pratique, pensez-vous que ce soit peu de chose aux yeux et dans la balance de Celui qui, par amour de dix justes, aurait épargné Sodome de la proie des flammes ? (Gn 18,32). Et si chacun de ces hommes faisait monter sans trêve vers le ciel la prière suppliante d’un cœur vraiment passionné pour la gloire de Dieu, pour le salut du monde ; si l’adveniat regnum tuum s’élançait comme un cri puissant de la légion de tous ces cœurs sincères, croyez-vous qu’un tel cri laisserait insensible le Père éternel, qui ne désire rien tant que voir son Fils bien-aimé, envoyé par lui comme Rédempteur des hommes, régner sur le monde pour le salut du genre humain ?

Deux cent mille hommes catholiques, fervents et priants ! Mais quel ne serait pas déjà le poids, pour la restauration chrétienne en Italie et dans le monde, de cette somme de vertus et de prières ! C’est d’ailleurs bien plus qu’un simple total. Dans l’ordre naturel lui-même, jusque dans l’ordre matériel et physique, il est impossible qu’une force quelconque agisse, sans que, si faible soit-elle, à sa résonance, un effet ne s’ensuive. Et ne voyons-nous pas, n’expérimentons-nous pas comment une petite quantité de radium, par sa seule présence peut, même à travers des parois cuirassées, exercer son action salutaire ou bien dévastatrice avec une puissance inouïe ? Notre pensée, notre vouloir, notre frémissement intérieur tirent de notre âme silencieuse leur vie et leur voix avant que nous les épanchions hors de nous et autour de nous. De même, avant que les découvertes modernes eussent permis de le recueillir et de le percevoir, le coup d’archet le plus délicat faisait déjà vibrer le champ immense des intimes émotions de l’artiste.

Le phénomène se produira d’autant plus dans l’ordre surnaturel que ce dernier surpasse et transcende davantage l’ordre naturel, se répand et s’enfonce profondément dans le monde de l’esprit et de la grâce. Qu’importe que nous ne le voyions pas ? Est-ce que nous voyons notre âme, immortelle de cet avenir qui est éternel et qui se trouve dans la main du Juge suprême, invisible et présent à toutes nos pensées et à notre activité et qui nous récompense si nous avons fait du bien ? Voyons-nous le lien intérieur et spirituel qui unit toutes nos âmes dans le sein de l’Eglise du Dieu vivant, en ce camp de ceux qui croient, qui espèrent et qui aiment ? Elevés par le Christ à l’ordre surnaturel, au-dessus du transitoire et de l’accidentel de la vie de tribulation d’ici-bas, nous avons, selon la doctrine de saint Paul, des yeux pour une double contemplation : avec les yeux du corps nous regardons ce qui se voit et avec les yeux de la foi nous contemplons ce qui ne se voit pas, puisque les choses qui se voient sont temporelles et celles qui ne se voient pas éternelles.

Aucun acte de l’ordre surnaturel, ni élan d’amour, ni oraison jaculatoire ne s’échappe, ne se meut, ne monte au ciel, sans en redescendre comme une rosée bienfaisante, sans agir sur tout le Corps mystique, sans en faire bénéficier le monde entier ! Et quand, avec cet influx mystérieux, invisible, puissant, se conjugue visiblement l’exemple patent de la vie morale et de la pratique d’un chrétien fervent, ne doutez pas que, tôt ou tard, cet exemple n’entraîne, ne signale la victoire sur l’indifférence et sur l’indolence, sur le respect humain et sur les passions ; on verra alors se répandre le sel, qui donne au monde le goût des choses divines, se diffuser la lumière qui, en illuminant les bonnes oeuvres, incite à glorifier le Père qui est dans les cieux, à s’engager sur la route qui mène à la cité qui, située sur la montagne, ne peut échapper à aucun regard (cf. Mt 5,13-16).

2) PAR L’ACTION APOSTOLIQUE EXTÉRIEURE
Telle est l’efficacité de votre vie personnelle. Est-ce pourtant là tout ce que Nous attendons de vous, hommes d’Action catholique ? Non, Nous vous demandons que, se déployant dans l’activité du zèle apostolique, cette vie, resplendissante en vous et pour votre profit, soit lumière et chaleur pour les autres aussi, soit une fleur de vertu qui ne donne pas son parfum seulement dans l’enceinte de votre maison, mais répande, autour de vous, en tout lieu, la bonne odeur de Jésus-Christ, et que, dans le sillage de ce parfum céleste, les âmes en grand nombre se trouvent entraînées. La conscience de la faiblesse de vos forces ne doit pas ressembler à la timidité du prophète Jérémie qui, à l’appel de Dieu, répondait en balbutiant : « Seigneur, mais je ne sais pas parler, je ne suis qu’un enfant ! » (Jr 1,6). Soucieux des difficultés à surmonter, désillusionnés peut-être par l’échec d’efforts antérieurs, n’imitez pas le prophète Elie, fuyant et découragé qui, à l’ombre d’un genévrier, s’étend pour dormir, tristement résigné et appelant la mort ; mais bien plutôt le prophète Elie qui, sur le mont Carmel, défie les adorateurs de Baal et, par sa prière, sa parole et son action, ramène le peuple au culte du vrai Dieu (1R 19,4 1R 18,20).

Même dans l’action apostolique extérieure, chacun de vous peut beaucoup, incomparablement plus que peut-être il ne croit. C’est à vous tous que Nous Nous adressons, et non pas seulement à quelques privilégiés, à ces héros que les conditions de la vie ou des dons extraordinaires prédestinent et préparent à une particulière et splendide mission. A vous tous, sans exception, Nous disons que vous pouvez beaucoup. Il n’est pas nécessaire pour cela de sortir du cercle de vos amitiés, de vos relations de profession ou de métier, de bureau, de travail et de peine, où vous passez d’habitude toute votre journée ; il n’est pas nécessaire que vous fassiez des choses grandes et extraordinaires en dehors ou en plus de votre devoir d’état ; mais dans les limites de l’accomplissement de ce devoir, si humble soit-il, vous pouvez tous, dans le milieu social où la Providence vous a placés, exercer un véritable et fécond apostolat. Voilà la vraie Action catholique des hommes catholiques, proclamée par Notre inoubliable prédécesseur Pie XI !

Chacun de vous, comme tout homme dans le monde, vit au centre de trois cercles concentriques : la famille, la profession ou le métier et le monde extérieur ; et dans ce triple cercle, votre action non seulement peut et doit se développer, mais de fait elle se développe déjà.

a) dans la famille.

Dans la famille, n’exercez-vous pas le rôle de chefs ? Votre parole, votre action, votre impulsion, votre orientation ne doivent-elles pas s’étendre à la génération et même au-delà, qui sourit sur vos genoux, qui se nourrit de votre pain et de vos paternels enseignements, qui, sous votre vigilant et paternel regard, devient adolescente aujourd’hui pour parvenir demain à la maturité ? Vous, hommes faits, conservez de doux souvenirs, une profonde vénération à l’endroit de votre père qui a bien rempli sa mission de chef et qui fut — ou est peut-être encore — dans son âge avancé, et restera même après sa mort, l’image d’un patriarche rayonnant de la beauté et de la dignité d’un tel nom. Quel magnifique spectacle, surtout en certaines régions, offrent ces familles appelées à bon droit patriarcales, où l’esprit de l’aïeul disparu plane encore, perdure, se communique, se transmet de génération en génération, comme le meilleur et le plus sacré patrimoine, gardé plus jalousement que l’or et l’argent ! C’est sur de tels patriarches et sur de telles familles que s’appuie vraiment la société avec toutes ses forces et ses espérances ; c’est de tels foyers, bénis et fécondés par la religion, que la société civile et la patrie tirent leur physionomie la plus sereine, leur cohésion la plus résistante, leur vigueur la plus forte. Là, vous retrouvez l’autorité paternelle respectée et puissante, parce qu’elle est vénérée religieusement, parce que dans son père le fils voit le reflet de la paternité de Dieu, parce que dans ces foyers la foi en Jésus-Christ tient le primat du respect, de l’union, de la soumission et de la concorde.

Mais combien de vertus de base et de soutien suppose ce point de vue ? Vertus humaines de loyauté, de patience, de fermeté, d’obéissance, de tendresse ; vertus surnaturelles, qui exaltent et transfigurent les vertus humaines et, en toute chose et affaire, les revêtent de l’esprit de foi. Le père qui vit, qui pense, qui parle, qui agit en chrétien, même quand il s’agit de choses et d’intérêts d’ici-bas, ne se fait-il pas éducateur et maître de son fils qui l’observe ? Père une seconde fois, non plus de son corps mais de son esprit, par la profonde influence qu’il exerce sur l’esprit de son fils, en lui transfusant son esprit de foi, bien mieux qu’au moyen de conseils et de remontrances ? Ainsi, le père fera de son fils un chrétien comme lui ; et ce fils, à son tour, s’enrichira et fera profit de la sagesse, des paroles, des actions, des traditions paternelles.

Si, sur l’horizon de la famille, domine et resplendit, avec la religion, que présuppose un tel ensemble de vertus, le Soleil du monde, Jésus-Christ, alors le chef de la famille lui-même, à qui ce Soleil fait une auréole, prodigue autant qu’il le peut la lumière de sa sagesse religieuse, la chaleur de son affectueuse charité, l’attrait de son exemple qui attire et stimule. Dès lors, il arrive que si vous pénétrez dans l’enceinte du foyer, vous demeurez doucement émus devant cette pratique de la vie religieuse, quand, le matin, dans la mesure où le permettent les besoins et les occupations de la famille, vous voyez le père, la mère, les enfants se préparer à sortir pour se rendre ensemble à la sainte messe, pour s’agenouiller ensemble, en beaucoup de fêtes, à la Table sainte de l’église. Emus, vous l’êtes aussi quand, le soir venu, après avoir été dispersés par les travaux de la journée, vous retrouvez tout le monde, parents, enfants, domestiques, rassemblés pour la prière commune à la maison. Là, comme dans un véritable sanctuaire, le père, dans un service qui donnait même à la civilisation païenne un caractère de dignité, préside au culte rendu à Dieu avec ce sentiment profond de foi sincère, qui fait qu’à travers les traits du père terrestre resplendit dans la civilisation chrétienne la majesté du Père qui est dans les cieux. Ces familles si vertueuses, Notre prédécesseur Pie XI, d’immortelle mémoire, les comparait à un jardin où doivent spontanément germer et s’épanouir les fleurs du sanctuaire 4. Ne sont-ce pas là, en effet, les plus beaux parterres fleuris de lis et de roses, sur lesquels descend d’ordinaire la souveraine bénédiction céleste des vocations sacerdotales et religieuses ?

b) dans la vie professionnelle.

Mais autour de votre vie familiale s’étend et occupe beaucoup de votre temps le cercle de votre vie professionnelle, diverse et différente selon les inclinations, l’intelligence, les formes et les besoins d’un chacun. L’arène s’élargit, où doit se faire sentir également votre influence spirituelle, même si, par sa nature, votre profession semble n’avoir rien de commun avec l’activité apostolique. Certes, il y a des arts et des professions auxquels il semble que l’exercice de l’apostolat, soit, pour ainsi dire, naturellement inhérent. Voyez le professeur, l’éducateur, l’écrivain, le médecin, l’infirmier ; ne sont-ils pas comme les auxiliaires-nés du prêtre ? Regardez, d’autre part, ceux qui, dans leurs emplois, tiennent un rôle de chefs ; qui douterait qu’ils aient à pratiquer le zèle des âmes ? C’est avec raison également qu’on parle du rôle social, c’est-à-dire de l’action apostolique, du juriste, de l’officier, de l’ingénieur. Mais même dans les métiers manuels de l’ouvrier, de l’artisan, du travailleur des champs, l’ardeur apostolique, pour peu qu’elle galvanise le coeur, sait facilement trouver de quoi alimenter sa flamme et embraser les autres.

Dans ce champ professionnel, la pratique excellente des vertus morales confère au catholique et, par conséquent, à la religion qu’il professe, une estime prééminente et avec l’estime une influence considérable, qui domine sans offenser, qui attire sans violenter, qui agit même sans être sentie. Telle est l’efficacité des vertus morales de probité et de loyauté, surtout quand s’y ajoute l’habileté professionnelle, à laquelle on vise et l’on parvient avec vigueur. Ces qualités

* Cf. Encycl. Ad catholici sacerdotii, 20 décembre 1935.

assurent à celui qui les possède un grand crédit, une attrayante et active réputation dans son milieu, sur ses collègues et sur ses compagnons de travail, sur ses subordonnés, sur les apprentis et sur les commerçants, jusque sur les clients et sur toutes les personnes avec lesquelles sa profession, son art ou son métier le mettent en relations. Il n’est pas rare que l’impression produite sur les maîtres et les supérieurs s’élève à un degré plus élevé que la simple estime humaine. Naturellement, il convient que cette prééminence morale soit dirigée par la prudence et qu’on sache en user et profiter avec discrétion et modération ; plus elle sera de bon aloi et plus elle agira avec adresse et avec fruit. Rappelez-vous que l’apostolat chrétien est multiforme : il y a un apostolat du silence et un apostolat de la parole ; un apostolat d’affection et d’estime et un apostolat d’oeuvre et de secours ; un apostolat d’action et un apostolat d’exemple.

Funestes conséquences du recpect humain.

Oh ! l’exemple, et avant tout l’exemple de la dignité chrétienne ! Ici, le devoir s’impose, impérieux. Rien n’endolorit l’âme comme de voir que, d’ordinaire, ce n’est pas tant la présence d’éléments mauvais qui rend malsain et pernicieux le champ du travail professionnel que le respect humain. Respect humain des jeunes gens, dont certains se donnent des airs désinvoltes et rient de tout ce qui touche à la religion et aux bonnes moeurs ; d’autres suivent des usages inconvenants, sans avoir le courage de réagir, on dirait qu’ils ne connaissent pas d’autre revanche sur ceux qui les ont corrompus que celle de corrompre avec eux les nouveaux venus. C’est ainsi que vous les voyez établir dans les magasins, dans les usines, dans les bureaux, comme des traditions indéracinables, de tristes habitudes de langage, de familiarité, de licence, qui font frémir. Si tout cela est vrai et lamentable dans la jeunesse qui entre dans la vie de travail, bien plus déplorable encore dans ses effets devient le respect humain chez les hommes mûrs, qui pourraient si facilement s’opposer à tant de mal, corriger un abus avec bonne grâce, arrêter une étourderie indécente, faire changer le cours d’une conversation qui, de la légèreté, s’oriente vers l’obscénité. Mais ils n’osent pas ; pourquoi donc ? Parce que le respect humain est comme la peur, comme la crainte de l’obscurité chez les enfants. Et voici alors le spectacle tristement paradoxal : tout un rassemblement d’hommes, de femmes, de jeunes gens, de jeunes filles transforme en lieu de perdition le sanctuaire du travail, tandis que chacun d’eux, dégoûté au fond du coeur de ce qu’il voit, de ce qu’il entend, du manque de dignité et de caractère de l’entourage, et surtout de lui-même, de sa propre couardise et pusillanimité, pourrait, d’une parole lancée à temps, d’un regard sévère, d’un sourire de réprobation, et même d’une facétie, purifier l’atmosphère viciée, certain de s’attirer avec l’approbation des pères et des mères, la respectueuse confiance et même la filiale reconnaissance de ces jeunes gens et de ces adolescents !

Ne vous étonnez donc pas si tout ce que Nous avons dit de la dignité morale du chrétien, Nous l’appliquons également à la dignité professionnelle. C’est pourquoi, où que vous alliez, où que vous vous arrêtiez, quoi que vous fassiez, vous portez avec vous la dignité chrétienne qui, conjointement avec la dignité professionnelle, se révèle et se revêt d’une force très influente et efficace pour éveiller en autrui la conscience du devoir d’état, pour faire disparaître d’humiliantes traditions de gaspillages, de « sabotages », de gains déshonnêtes, tous obstacles d’incalculable embarras dans l’oeuvre de la restauration sociale et chrétienne.

c) dans le monde extérieur.

Enfin, autour de votre personne et de votre famille, autour de votre champ professionnel, s’étend et se meut la grande orbite du monde extérieur, qui entoure et enveloppe tout, monde immense et mélangé. Dans ses rues se rencontrent tous les âges, toutes les conditions, tous les caractères, et en même temps toutes les valeurs et toutes les bassesses, toutes les vertus et tous les vices. C’est la rencontre et le mélange de deux mondes, du monde de Satan et du monde du Christ, qu’est le règne de Dieu sur la terre, dans lequel, s’il y a bien quelque scandale, les anges sauront l’extirper quelque jour (Mt 13,41) 5. Personne ne peut se croire tellement à l’écart, tellement reclus, tellement retenu à son travail et à sa maison qu’il n’ait aucun contact avec le monde, « autrement, comme l’écrit saint Paul aux Corinthiens, vous devriez tout à fait sortir du monde » (1Co 5,10). Un tel contact, un tel commerce sont, peut-on dire, de tous les instants. C’est en vain que vous vous efforceriez de vous confiner dans votre chambre sans jamais en franchir le seuil : le monde lui-même arriverait jusqu’à vous. Jusque dans les cloîtres les plus austères, les plus écartés, dans les forêts et sur les montagnes,

5 Cf. S. Grégoire le Grand, Homil. in Evang. XII, n. 1.

parvient l’écho lointain des voix du monde : rires déplacés, plaintes endolories, chants de volupté ou de haine, clameurs de triomphe ou de désespoir, qui lancent aux âmes dégagées des soucis et des tourments du monde leur appel, leur besoin de piété, d’amour, de prière, de rédemption. Le Christ ne demanda-t-il pas à son Père, à la veille de sa Passion, non pas de tirer du monde ceux qu’il avait appelés ses amis, mais de les garder du mal (cf. Jean xv, 15 ; xvii, 15), tandis qu’il les envoyait au milieu du monde, comme lui-même y avait été envoyé pour soulager, guérir, sanctifier les âmes ? Sans doute, vous n’êtes pas prêtres, mais soyez amis du Christ, apôtres de son amitié et de sa charité divines. Votre apostolat, votre devoir, sont ainsi nettement tracés ; avec le concours de la grâce, que vous obtiendrez par la prière et la vigilance, gardez-vous du mal ; et, par votre zèle et votre charité, qui sont aussi des dons de l’Esprit de Dieu, vous collaborerez à arracher le monde à la domination de Satan pour le replacer et le restaurer dans le royaume salutaire du Christ.

L’action pour défendre la moralité publique.

Comme tous les chrétiens même les personnes simplement dotées de bon sens et d’honnêteté naturelle s’étonnent et s’affligent à la vue de la marée montante de l’immoralité qui, en des temps pourtant si graves, menace de submerger la société. Personne n’hésite à en reconnaître en particulier la cause dans les publications licencieuses et les spectacles déshonnêtes qui s’offrent aux yeux et aux oreilles des jeunes gens et des hommes mûrs, des enfants et des vieillards, des mères et de leurs filles. Et que dire de l’art, de la mode, des moeurs publiques et privées, chez les hommes comme chez les femmes ? On ne peut s’imaginer à quel degré de corruption morale n’ont pas craint de descendre certains auteurs, éditeurs, artistes, divulgateurs de pareilles oeuvres littéraires et dramatiques, artistiques et scéniques, convertissant l’usage de la plume et de l’art, du progrès industriel et des admirables inventions modernes en moyens, en armes et amorces d’immoralité. Ecrits et travaux qui déshonorent les lettres et les arts, mais qui trouvent néanmoins des milliers de lecteurs et de spectateurs. Et l’on voit des adolescents se jeter sur cette nourriture de l’esprit et des yeux avec la fougue et le bouillonnement de leurs passions qui s’éveillent : l’on voit des parents porter et conduire à de tels spectacles leurs garçons et leurs filles, dans le tendre coeur et dans les yeux desquels s’imprimeront ainsi, au lieu d’innocentes et pieuses visions, des désirs et des images fatales qui souvent ne s’effaceront plus jamais.

Que doit-on donc penser ? Que la nature humaine est universellement et profondément dépravée et que sa frénésie de scandale est sans remède ? Non, certes, dans le coeur humain, Dieu a mis comme fondement la bonté, mais qu’assiègent Satan et la concupiscence sans frein. Sauf une petite minorité, le peuple ne chercherait pas spontanément et demanderait encore moins des divertissements malsains s’ils ne lui étaient offerts, présentés et, parfois même, imposés par surprise. Aussi, s’il est vrai que « contre la bonne volonté, la mauvaise volonté se déchaîne » e, il est de souveraine importance d’entrer en lice pour la défense de la moralité publique et sociale. Ce n’est pas un combat avec des armes matérielles et du sang répandu, mais une lutte de pensées et de sentiments entre le bien et le mal. Il convient que tous ceux-là, et ils sont si nombreux, donnent tout leur effort et mettent tout leur talent à créer et à promouvoir une littérature, un théâtre, un cinéma, qui soient éducatifs et sains d’idées et de moeurs, et en même temps intéressants et attrayants, vraies oeuvres d’art. Nous ne saurions trop louer et encourager les intellectuels si méritants qui se dévouent à cette entreprise en vrais apôtres du bien, encore qu’il soit évident que ce genre d’apostolat ne soit pas le fait de tout le monde.

Mais les autres n’auront-ils donc rien à faire ? Peuvent-ils se bercer de l’espoir que l’attrait des bonnes et belles oeuvres suffira à faire naître et triompher invinciblement dans le monde le dégoût et le rejet de toutes les turpitudes ? Sur ce point, personne n’est assez naïf pour se faire illusion ! Vous déclarerez-vous donc désarmés devant les perfides exploiteurs de la presse, de la scène, de l’écran, de l’humour ? Cela serait et paraîtrait injuste à quiconque connaît et envisage la louable législation qui honore notre pays. Aux citoyens responsables, aux pères de famille, aux éducateurs, la voie est donc ouverte pour assurer l’application et l’efficace sanction de ces lois prévoyantes, en présentant aux autorités civiles de façon convenable les dénonciations basées sur des faits, exactes, contrôlées, pour ce qui concerne les personnes, les choses et les paroles, afin que ce qui a été présenté de répréhensible au public soit empêché et réprimé.

Nous ne Nous dissimulons pas que ce travail est immense et divers : immense, il offre un large champ à toutes les bonnes volontés ; varié, il se prête à toutes les aptitudes. Mais si son ampleur a de quoi effrayer et décourager les pusillanimes, elle est bien propre aussi à enflammer d’une plus grande ardeur les âmes généreuses que vous êtes, vous qui avez déjà combattu et vaincu dans de bons combats, vous qui savez bien tout ce qui vous reste à faire : multiplier et organiser vos groupes dans chaque région, dans chaque ville, pour une fin bien définie, une action bien répartie, un travail bien distribué.

EXHORTATION FINALE
Quel vaste amphithéâtre s’offre à l’activité des hommes catholiques qui, en se souvenant de leur jeunesse, dans la religiosité de leur présent, aiment et recherchent la beauté morale de la jeunesse qui monte au sein du peuple ! Du centre de votre famille, du cercle de votre profession, vous entrez dans l’immense arène du monde extérieur pour la sauvegarde de la moralité chrétienne contre les moeurs paganisantes, animés de cet esprit supérieur avec lequel, dans les cirques de Rome, les martyrs, les vierges, les matrones romaines luttaient et mouraient, non seulement en témoins de la foi du Christ, mais en champions et en vengeurs de la modestie et de la pureté. Marchez, persévérez vous-mêmes dans ce projet social et saint qui est en même temps l’honneur et la défense de la grandeur du pays, en implorant du ciel vertu et réconfort, et tandis que s’élèvera votre fervente prière, descendront d’en haut les armes spirituelles et la force qui, dans toute épreuve pour le bien, soutiennent la faiblesse du héros chrétien.

Cependant, quant à Nous, chers fils, en implorant du Seigneur la fécondité de la grâce divine sur votre oeuvre, Nous vous accordons dans toute l’effusion de Notre coeur, Notre paternelle Bénédiction apostolique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s