La Fraternité st Pie X a-t-elle une attitude excusable?

Capture Innocent III
J’ajouterais que ce serait contraire au Concile Vatican I de prétendre qu’un Pape, une fois devenu Pape, puisse perdre la foi, même si certains parlent d' »hérésie privée ». Mais si un Pape ne l’a jamais été, ayant par exemple acquis le statut par la ruse comme Jean XXIII, quoiqu’hérétique… On peut penser qu’un « pape » hérétique ne l’a en réalité jamais été de fait, et qu’on ne peut donc pas prétendre de son exemple qu’un vrai Pape peut se tromper.

Un mot avant de parler de la Fraternité et des autres « traditionalistes » en général. Je ne prétends pas avoir découvert la vérité, mais tel est mon point de vue actuel des traditionalistes et de ses partis. Trop dur, trop mou? Difficile de savoir soi-même si on est trop rigoriste ou trop laxiste en matière d’opinions. Louis Veuillot n’hésitait pas à s’exprimer, tout en restant soumis à l’Eglise, et il m’a semblé un modèle en la matière.

On pourra dire plus tard des traditionalistes : « Mais telle est l’infirmité de l’esprit humain, même chez les meilleurs, que, repoussés d’un côté comme de dangereux novateurs, paralysés de l’autre par les divergences de vues qui se manifestaient même dans leurs rangs, ils hésitaient entre les diverses écoles, ne sachant dans quelle direction s’orienter. » S.S. Pie XI.

La Fraternité Saint-Pie X, fondée par Mgr Lefèbvre, dispose de la vraie Tradition et des Saintes Écritures. Elle est constituée d’ecclésiastiques qui ont étudié ce qui a trait à la crise de l’Eglise et qui connaissent la vérité : soit, suivre le « Pape » actuel, c’est dévier de la vérité. Ils savent par l’encyclique Humani generis ce qu’est le Magistère ordinaire et l’ont publié sur leur site. Ce n’est donc pas la lumière qui leur manque. Le Pape s’est déjà prononcé sur le Magistère ordinaire et a dit qu’à celui-ci aussi, s’appliquait « Qui vous écoute, m’écoute. » Quel clerc de la Fraternité st Pie X n’a pas lu Humani generis? Je ne dis pas que la bonne foi ne soit pas présente chez certains ou surtout chez les fidèles, mais peut-on croire qu’elle soit présente chez les chefs? Il est bien connu que les prêtres suivent une formation théologique et il est difficile de croire qu’ils n’ont pas lu à ce moment du moins Humani Generis.

Je repose donc la question : la Fraternité st Pie X, je parle de ses prêtres, est-elle excusable? Puisqu’elle sait a vérité, pourquoi ne veut-elle pas l’admettre? Elle sait pourtant avec Pie XII que : « Il ne faut pas estimer non plus que ce qui est proposé dans les encycliques ne demande pas de soi l’assentiment puisque les Papes n’y exercent pas le pouvoir suprême de leur magistère. A ce qui est enseigné par le magistère ordinaire s’applique aussi la parole : « Qui vous écoute, m’écoute « ; et la plupart du temps ce qui est exposé dans les encycliques appartient déjà d’autre part à la doctrine catholique. Si les Papes portent expressément dans leurs actes un jugement sur une matière qui était jusque-là controversée, tout le monde comprend que cette matière dans la pensée et la volonté des Souverains Pontifes n’est plus désormais à considérer comme question libre entre les théologiens »

1) Est-elle excusable par manque d’intelligence?

Non, la vérité est que la Fraternité st Pie X a peur de devoir se retrouver aveugle. Aveugle parce qu’elle ne saura plus où se trouve la hiérarchie. Pourtant, malgré cet aveuglement, elle s’est organisée hiérarchiquement elle-même comme une petite Eglise sans la permission de son « pape », tout en se mettant « una cum », « en union avec » lui… Mais peut-on célébrer et participer à une messe en union avec un hérétique, là est la question. Peut-on se mettre sous son drapeau sans participer à ses péchés? C’est encore une question.

Don Sarda nous parle de comment on peut être complice d’un mouvement sans en être précisément :

« Un catholique peut se rendre complice du libéralisme en plusieurs manières, sans être précisément un libéral. C’est là un point pratique, plus pratique encore que le précédent, et sur lequel en ce temps-ci la conscience du fidèle doit soigneusement être mise en garde.

Tout le monde sait qu’il y a des péchés dont nous nous rendons coupables, non par véritable et directe commission, mais par pure complicité et connivence avec leurs auteurs, complicité de telle nature qu’elle va souvent jusqu’à égaler en gravité l’acte criminel directement commis. On peut donc et l’on doit appliquer au péché de libéralisme ce que les auteurs de théologie enseignent relativement à la complicité.

Notre intention est seulement de noter ici en quelques mots les différentes manières dont on peut aujourd’hui, en ce qui concerne le libéralisme, se rendre coupable par complicité.
1° – L’affiliation formelle à un parti libéral est la plus grande complicité en cette matière ; c’est à peine si elle se distingue de l’action directe à laquelle elle se rattache. Beaucoup d’esprits, à la seule lumière de leur entendement, voient toute la fausseté doctrinale du libéralisme, connaissent ses sinistres projets et ont en horreur son abominable histoire. Mais par tradition de famille, haines héréditaires, espérances personnelles, reconnaissance de bienfaits reçus, crainte de préjudices à venir ou enfin pour tout autre motif, ils acceptent une situation dans le parti qui professe de pareilles doctrines et favorise de semblables desseins, permettant ainsi qu’on les compte publiquement parmi les affiliés qui s’honorent d’en avoir le titre et travaillent sous son drapeau. »

2) La Fraternité st Pie X est-elle excusable parce qu’elle a peur de juger?

La Fraternité st Pie X a appris de st François de Sales que « De voir ou connaître une chose, ce n’est pas en juger; car le jugement, au moins selon la phrase de l’Ecriture, présuppose quelque petite ou grande, vraie ou apparente difficulté qu’il faille vider; c’est pourquoi elle dit que « ceux qui ne croient point sont déjà jugés », parce qu’il n’y a point de doute en leur damnation. Ce n’est donc pas mal fait de douter du prochain, non, car il n’est pas défendu de douter, ains de juger; mais il n’est pourtant pas permis ni de douter, ni de soupçonner sinon ric-à-ric tout autant que les raisons ou arguments nous contraignent de douter; autrement les doutes et soupçons sont téméraires. »

La Fraternité sait si bien juger qu’elle refuse d’écouter son « pape », qui pourtant devrait lui représenter la voix du Christ. Elle le juge si bien qu’elle lui propose des corrections « fraternelles » en matière de foi et de mœurs. A-t-on jamais vu un catholique vouloir en remontrer au Pape? Cela s’est vu seulement avec les hérésiarques.

Je laisse donc ceux qui, par bonté et indulgence naturelle, voudrait l’excuser, réfléchir à la « bonne foi » de la Fraternité st Pie X dans ses jugements. Je crois plutôt qu’il s’agit d’une pensée quelque peu « sectarisante », de parti, qui voyant la figure de Mgr Lefèbvre s’élever pour défendre la Tradition de l’Eglise, a cru qu’il fallait le suivre dans toutes ses idées. Rappelons que les Évêques Fénelon, Bossuet, de Ségur et st François de Sales se sont trompés dans leurs écrits, car ils ne sont pas infaillibles.

La Fraternité st Pie X n’est pas de « bonne foi », mais simplement « lefèbvriste ». Et la grande erreur lefèbvriste, c’est précisément de n’avoir pas voulu comprendre Humani generis. Je dis « voulu », car les discours de Mgr Lefèbvre vont dans ce sens et il était par ailleurs très intelligent et d’un grand bon sens.

Le lefèbvrisme, afin de conserver une certaine visibilité de la hiérarchie à Rome, diminue la portée du Magistère ordinaire, ainsi que la portée de la raison, en interdisant à celle-ci la faculté de voir et de connaître à propos du « pape », sous prétexte de ne pas juger. Ce scrupule qui refuse de juger malgré l’évidence a engendré un semi-lefèbvrisme : le guérardisme.

L’Institut Mater Boni Consilii, avec Mgr Guérard des Lauriers comme fondateur, a inventé le guérardisme, suivi par ses pairs. Ce guérardisme ne diminue pas la portée du Magistère ordinaire, mais va lui aussi diminuer la portée de la raison humaine afin de pouvoir conserver une certaine visibilité de hiérarchie à Rome. Il voit et juge officieusement qu’il s’agit d’un pape seulement matériellement, mais non formel, et estime qu’il ne peut pas juger officiellement le fait, car il ne fait que juger, et non voir ou connaître la question. Il estime qu’il ne possède pas d’éléments suffisants pour passer du jugement à la reconnaissance visible du fait, afin de pouvoir se passer du jugement officiel du futur Pape. Un de ses arguments est qu’on ne peut pas connaître l’intention des personnes : « La pensée ou l’intention, en tant qu’elle est une chose intérieure, ne tombe pas sous le jugement de l’Église ; mais celle-ci doit en juger la manifestation extérieure.  » Léon XIII.

Il me semble au contraire que le masque des loups actuels est très transparent pour qui connaît son (vrai) catéchisme. Ces loups s’engouffrent tellement par tous les semblants de brèches que leur saccage de la vraie doctrine laisse après 50 ans de carnage un champ de ruines désormais bien visible, sauf par ceux qui portent délibérément des œillères. Par ailleurs, ces loups sont censés être infaillibles en matière de foi et de mœurs et ils disent le contraire de leurs soit-disant prédécesseurs. On peut répondre par analogie avec Don Sarda, dans Le libéralisme est un péché, pour ceux qui voudrait trouver des excuses, ne pas juger ou juger modérément :

« Il faut convenir cependant que, si jamais une erreur a été dépourvue de toute apparence qui l’excuse, c’est bien celle du libéralisme. La majeure partie des hérésies, dont le sein de l’Église a été déchiré, ont essayé de se travestir sous des dehors de piété affectée, capables de dissimuler leur criminelle origine. Les Jansénistes, plus habiles qu’aucun de leurs devanciers, parvinrent à se faire un grand nombre d’adeptes, auxquels peu s’en fallut que le vulgaire aveugle ne décernât les honneurs dus seulement à la sainteté. Leur morale était rigide, leurs dogmes redoutables, tout l’extérieur de leur personne ascétique et en quelque sorte illuminé.

Ajoutons que la majorité des anciennes hérésies portèrent sur des points très subtils du dogme, qu’un habile théologien pouvait seul discerner, et sur lesquels la multitude ignorante était incapable par elle-même de porter d’autre jugement que celui qu’elle recevait de confiance de ceux qu’elle reconnaissait pour ses maîtres. Par une conséquence toute naturelle, lorsque le supérieur hiérarchique d’un diocèse ou d’une province tombait dans l’erreur, la plus grande partie de ses subordonnés, pleins de confiance en leur pasteur, y tombait avec lui.

Cela était d’autant plus aisé que la difficulté des communications avec Rome, à cette époque, privait la voix infaillible du Pasteur universel d’un accès facile auprès du troupeau. La diffusion de beaucoup d’anciennes hérésies, que nous nous permettrons d’appeler purement théologiques, n’eut pas d’autre cause. C’est ce qui explique le cri d’angoisse poussé au quatrième siècle par saint Jérôme, lorsqu’il disait : Ingemuit universus orbis se esse arianum. « Le monde entier gémit de se trouver arien. » C’est aussi ce qui explique comment, au milieu des plus grands schismes et des plus grandes hérésies, comme le schisme russe et l’hérésie anglaise, il est possible que Dieu possède beaucoup d’âmes, dans lesquelles la racine de la vraie foi n’est pas morte, quoique, dans sa profession extérieure, cette foi apparaisse difforme et viciée. Ces âmes, unies au corps mystique de l’Église par le baptême, à son âme par la grâce intérieure sanctifiante, pourront parvenir avec nous à la jouissance du royaume éternel.

Peut-il en être ainsi avec le libéralisme ?

Il s’est présenté d’abord sous le masque de pures formes politiques ; mais, dès le début, ce masque fut tellement transparent, que bien aveugle fut celui qui ne devina pas toute la perversité du misérable ainsi travesti. »

« Les hommes et les partis (sauf les cas d’erreur et de bonne foi) ne sont catholiques dans leurs doctrines qu’autant qu’ils ne professent aucune opinion anti-catholique, et il est de toute évidence qu’ils professeront une doctrine anti-catholique toutes les fois qu’ils feront profession consciente, en tout ou en partie, de quelque doctrine libérale. »

On peut donc imaginer la bonne foi chez les fidèles, mais chez les prêtres? Ou encore, écoutons S.S. Grégoire XVI, qui condamne la Fraternité dans ses agissements avec son « pape » : « Agissons donc en unité d’esprit pour Notre cause commune, ou plutôt, pour la cause de Dieu ; et contre de communs ennemis, pour le salut de tout le peuple, unissons Notre vigilance, unissons Nos efforts.

C’est ce que vous ferez parfaitement si, comme votre charge vous en fait un devoir, vous veillez sur vous et sur la doctrine, vous redisant sans cesse à vous-mêmes que toute nouveauté bat en brèche l’Eglise universelle, et que d’après l’avertissement du saint Pape Agathon, rien de ce qui a été régulièrement défini ne supporte ni diminution, ni changement, ni addition, et repousse toute altération du sens et même des paroles. C’est ainsi que demeurera ferme et inébranlable cette unité qui repose sur le Siège de Pierre comme sur sa base, en sorte que le centre d’où dérivent, pour toutes les églises, les droits sacrés de la communion catholique, soit aussi pour toutes un mur qui les défende, un asile qui les couvre, un port qui les préserve du naufrage et un trésor qui les enrichisse de biens incalculables.

Ainsi donc pour réprimer l’audace de ceux qui s’efforcent, ou d’anéantir les droits du Saint-Siège, ou d’en détacher les églises dont il est le soutien et la vie, inculquez sans cesse aux fidèles de profonds sentiments de confiance et de respect envers lui et faites retentir à leur oreille ces paroles de saint Cyprien : C’est une erreur de croire être dans l’Eglise lorsqu’on abandonne le Siège de Pierre, qui est le fondement de l’Eglise.

Ce doit donc être le but de vos efforts et l’objet d’une vigilance continuelle, de garder le dépôt de la foi au milieu de cette vaste conspiration d’hommes impies que Nous voyons, avec la plus vive douleur, formée pour le dissiper et le perdre. Que tous se souviennent que le jugement sur la saine doctrine dont on doit nourrir le peuple, que le gouvernement et l’administration de l’Eglise entière appartiennent au Pontife Romain, à qui a été confié, par notre Seigneur Jésus-Christ, comme l’ont si clairement déclaré les Pères du Concile de Florence, le plein pouvoir de paître, de régir et de gouverner l’Eglise universelle.

Quant aux Évêques en particulier, leur devoir est de rester inviolablement attachés à la Chaire de Pierre, de garder le saint dépôt avec une fidélité scrupuleuse, et de paître, autant qu’il est sous leur pouvoir, le troupeau de Dieu. Pour les prêtres, il faut qu’ils soient soumis aux Évêques et qu’ils les honorent comme les pères de leurs âmes, selon l’avis de saint Jérôme, qu’ils n’oublient jamais qu’il leur est défendu, même par les anciens Canons, de rien faire dans le ministère qui leur a été confié, et de prendre sur eux la charge d’enseigner et de prêcher, sans l’approbation de l’Évêque, à qui le soin des fidèles a été remis et qui rendra compte de leurs âmes.

Qu’on tienne enfin pour une vérité certaine et incontestable, que tous ceux qui cherchent à troubler en quoi que ce soit cet ordre ainsi établi, ébranlent autant qu’il est en eux la constitution de l’Eglise.

Ce serait donc un attentat, une dérogation formelle au respect que méritent les lois ecclésiastiques, de blâmer, par une liberté insensée d’opinion, la discipline que l’Eglise a consacrée, par laquelle sont réglées l’administration des choses saintes et la conduite des fidèles, qui détermine les droits de l’Eglise et les obligations de ses ministres, de la dire ennemie des principes certains du droit naturel, ou incapable d’agir par son imperfection même, ou soumise à l’autorité civile.

Mais puisque, pour Nous servir des paroles des Pères de Trente, il est certain que l’Eglise a été instruite par Jésus-Christ et par ses Apôtres, et que l’Esprit-Saint, par une assistance de tous les jours, ne manque jamais de lui enseigner toute vérité, c’est le comble de l’absurdité et de l’outrage envers elle de prétendre qu’une restauration et qu’une régénération lui sont devenues nécessaires pour assurer son existence et ses progrès, comme si l’on pouvait croire qu’elle aussi fût sujette, soit à la défaillance, soit à l’obscurcissement, soit à toute autre altération de ce genre.

Et que veulent ces novateurs téméraires, sinon donner de nouveaux fondements à une institution qui ne serait plus, par là même , que l’ouvrage de l’homme, et réaliser ce que S. Cyprien ne peut assez détester, en rendant l’Eglise toute humaine de divine qu’elle est? Mais que les auteurs de semblables machinations sachent et retiennent qu’au seul Pontife Romain, d’après le témoignage de saint Léon, a été confiée la dispensation des Canons, que lui seul, et non pas un simple particulier, a le pouvoir de prononcer sur les règles sanctionnées par les Pères, et qu’ainsi, comme le dit saint Gélase, c’est à lui de balancer entre eux les divers Décrets des Canons, et de limiter les ordonnances de ses prédécesseurs, de manière à relâcher quelque chose de leur rigueur et de les modifier après mûr examen, selon que le demande la nécessité des temps, pour les nouveaux besoins des églises. »

J’ai lu récemment que le « pape » François projetait de changer les règles du célibat ecclésiastique et de permettre des prêtres mariés, ou qui déjà permettait des divorces pour la communion, déjà que le « catéchisme de l’Eglise catholique » (CEC), permet aux non catholiques de participer à la communion, écoutons donc ce que lui dit Grégoire XVI, soit-disant son prédécesseur et qui doit gémir de voir ce faux-prophète :

« C’est ici que nous réclamons la constance de votre zèle en faveur de la Religion contre les ennemis du célibat ecclésiastique, contre cette ligue abominable qui s’agite et s’étend chaque jour, qui se grossit par le mélange impur des plus impudents philosophes de notre siècle, et même de plusieurs transfuges de l’ordre clérical, qui, s’oubliant, eux et leur devoir, et jouets de passions séductrices, ont poussé la licence au, point d’oser, en plusieurs endroits, présenter aux princes des requêtes, même publiques et réitérées, pour obtenir l’abolition de ce point sacré de discipline. Mais Nous rougissons d’arrêter longtemps vos regards sur de si honteuses tentatives, et pleins de confiance en votre religion, Nous Nous reposons sur vous du soin de défendre de toutes vos forces, d’après les règles des Saints Canons, une loi d’une si haute importance, de la conserver dans toute son intégrité, et de repousser les traits dirigés contre elle de tous côtés par des hommes que tourmentent les plus infâmes passions.

Un autre objet qui appelle notre commune sollicitude, c’est le mariage des chrétiens, cette alliance si pure que Saint Paul a appelée un grand Sacrement en Jésus-Christ et en son Eglise. Étouffons les opinions hardies et les innovations téméraires qui pourraient compromettre la sainteté de ses liens et leur indissolubilité. Déjà cette recommandation vous avait été faite d’une manière toute particulière par les Lettres de Notre Prédécesseur Pie VIII, d’heureuse mémoire. Cependant les attaques de l’ennemi vont toujours croissant; il faut donc avoir soin d’enseigner au peuple que le mariage, une fois légitimement contracté, ne peut plus être dissout ; que Dieu a imposé aux époux qu’il a unis l’obligation de vivre en perpétuelle société, et que le nœud qui les lie ne peut être rompu que par la mort. »

Imaginer de la bonne foi chez ces « papes » qui renient la foi de leurs illustres prédécesseurs, ou même imaginer que leurs prédécesseurs puissent se tromper, quelle aveuglement volontaire…, volontaire car dans la bouche de quelqu’un d’autre, je n’imagine pas qu’on pourrait interpréter leurs paroles comme on le fait pour eux. Ces « papes », y compris Roncalli (Jean XXIII), qui priait dévotement en Communio in Sacris avec les orthodoxes quand il était en Turquie, n’avaient déjà pas la foi. Ils ne sont pas que suspects d’hérésies. Il suffit de lire déjà la vie de Roncalli pour frémir d’horreur… (Le pape du concile – 1ère partie)

Imaginer comme l’Abbé Ricossa que Jean XXIII est seulement douteusement pape, après avoir écrit (je suppose en frémissant d’horreur) une vie aussi effroyable, j’avoue que cela me dépasse… Tant l’esprit de parti et la peur jusqu’au scrupule de mal juger en font trembler beaucoup. L’Abbé Murro aussi est capable de se rendre compte de la bonne ou de la mauvaise foi, en jugeant l’arbre à ses fruits, dans un très bon article. « C’est la question du Concile Œcuménique Vatican II qui m’a complètement fait changer d’avis sur la bonne foi de S. » Dommage qu’il n’aille pas plus loin et ne comprenne pas que même matériellement, il est désormais suffisamment visible par tous les hommes de bonne foi qui ont fait les efforts de se renseigner que l’on peut dire en toute quiétude, sans craindre de juger mais simplement pas voie de constat, qu’il ne s’agit pas de vrais papes.

Car si un Évêque se trompe quelquefois, a-t-on jamais vu un Pape se tromper dans son Magistère ordinaire…? Et on n’en verra jamais. Si il s’agissait encore de quelques légères erreurs, on pourrait encore pouvoir douter, mais les erreurs que ces faux papes professent sont monstrueuses, s’étendent au dogme, à la morale, aux Sacrements, à la discipline, aux Saints Canons, aux Conciles Œcuméniques…

Où n’ont-ils pas posé leur main sacrilège? Et cela, je l’ai vérifié moi-même, je suis allé le voir moi-même de mes propres yeux pour ne pas tomber dans tel ou tel parti et adhérer seulement à la vérité. J’ai vérifié moi-même de mes propres yeux que Paul VI avait bien « changé » le Sacrement de l’Ordre, ce qu’un Pape ne peut pas faire car ce pouvoir n’appartient qu’au Christ seul, j’ai lu moi-même ce que dit Léon XIII sur les ordinations anglicanes. Le plus visible aux yeux des fidèles et le plus universellement connu même des modernistes est sans doute quand Jean-Paul II embrasse amoureusement le Coran, qui renie la divinité du Christ, ou qu’il va vers les autres religions avec respect, comme si les autres religions n’étaient pas des contrefaçons.

Faut-il donc ne pas comprendre, soit voir et connaître clairement, que quelqu’un a une mauvaise intention, quand il dit très clairement : « Je ne crois pas en Dieu » ou encore « Je marche comme pèlerin sur les traces de Martin Luther », d’un hérétique, ou qui dit comme Jean XXIII d’un mouvement protestant : « Ah, Taizé, ce petit printemps! »? Y a-t-il besoin d’un jugement? Celui qui ne croira pas sera condamné. Je ne juge pas, mais je vois et je connais, et ma raison y suffit. Le jugement concerne le doute mais, comme disait Mgr Gaume, personne n’est condamné à prouver l’existence du soleil.

Un argument du guérardisme est qu’on ne peut pas dire officiellement et imposer que le « pape » actuel n’est pas pape tant que l’Eglise ne le fera pas. Je ne suis pas d’accord, car il ne s’agit pas de jugement mais de visibilité et d’une question du salut des âmes, qui ne peuvent pas, quels qu’ils soient, parvenir à la vie éternelle sous la conduite de ces « papes ». C’est déjà bien cependant de vouloir comprendre qu’il n’est seulement probable mais certain, quoiqu’ « officieusement », que ces papes ne peuvent pas l’être.

Il y a encore l’argument guérardiste des différentes notes que l’Eglise accorde aux différentes propositions. Mais je ne suis pas d’accord pour dire qu’il est seulement probable que ces « papes » ne le soient pas… Suivre un hérétique est-il hérétique ? Suivre un chef de secte, c’est s’affilier à sa secte, s’affilier à ses hérésies, et surtout si on est un ecclésiastique comme Roncalli, associé à tous les modernistes et tous les traîtres, tels Buonaiuti ou Duchesne. Les actes de Roncalli le montrent en connivence avec les ennemis de la foi et il serait seulement probable ou seulement officieux qu’il n’est pas pape? Sa vie ecclésiastique, dès le séminaire, a baigné dans le mal et l’erreur.

Comme le dit Don Sarda : « Ainsi que nous l’avons dit, le libéralisme est autant une hérésie pratique qu’une hérésie doctrinale, et ce principal caractère explique un grand nombre des phénomènes que présente cette maudite erreur dans son développement actuel au milieu de la société moderne. De ces phénomènes, le premier est l’apparente variété avec laquelle il se présente dans chacune des nations qu’il a infestées, ce qui (pour beaucoup de personnes de bonne foi et pour d’autres mal intentionnées) autorise à répandre la fausse idée qu’il existe, non un seul, mais plusieurs libéralismes. En effet le libéralisme, grâce à son caractère pratique, prend une certaine forme distincte dans chaque région, et quoique son concept intrinsèque et essentiel (qui est l’émancipation sociale de la loi chrétienne ou le naturalisme politique) soit un, les aspects sous lesquels il s’offre à l’étude de l’observateur sont très variés. La raison de ce fait se comprend d’ailleurs parfaitement.

Une proposition hérétique est la même et donne la même note à Madrid qu’à Londres, à Rome qu’à Paris ou à Saint-Pétersbourg. Mais une doctrine, qui a toujours tendu à se produire plus par des faits et des institutions que par des thèses franchement formulées, doit nécessairement emprunter beaucoup au climat régional, au tempérament physiologique, aux antécédents historiques, à l’état des idées, aux intérêts actuels d’une nation et à mille autres circonstances.

Nécessairement, nous le répétons, le libéralisme doit emprunter de tout cela des aspects et des caractères extérieurs qui le font apparaître multiple, quand, en réalité, il est un et absolument simple. »

« L’Ange de l’École s’exprime sur ce sujet avec son habituelle clarté : « Un péché est d’autant plus grave que par lui l’homme se sépare davantage de Dieu ; or, par le péché contre la foi, l’homme se sépare de Dieu autant qu’il est en son pouvoir, puisqu’il se prive de sa véritable connaissance ; d’où il ressort, conclut le saint docteur, que le péché contre la foi est le plus grand que l’on connaisse (note: II-II, q. 10, a. 3.) ». Cependant, lorsque le péché contre la foi est simplement une privation coupable de cette vertu et de cette connaissance de Dieu, il est moins grave que lorsqu’il est la négation et l’attaque formelle des dogmes expressément définis par la révélation divine. En ce dernier cas, le péché contre la foi, si grave en lui-même, acquiert une gravité plus grande qui constitue ce qu’on appelle l’hérésie. Il contient toute la malice de l’infidélité, plus une protestation expresse contre un enseignement qui est comme faux et erroné, condamné par la foi elle-même. Il ajoute, au péché très grave contre la foi, l’endurcissement, l’opiniâtreté et une orgueilleuse préférence de la raison propre à la raison de Dieu.

Par conséquent les doctrines hérétiques et les œuvres inspirées par elles constituent le plus grand de tous les péchés, à l’exception de la haine formelle de Dieu, haine dont les démons et les damnés sont, comme nous l’avons dit, à peu près les seuls capables.

Par conséquent le libéralisme, qui est une hérésie, et les œuvres libérales, qui sont œuvres hérétiques, sont les plus grands péchés que connaisse le code de la foi chrétienne.

Par conséquent, sauf le cas de bonne foi, d’ignorance et d’irréflexion, le fait d’être libéral constitue un péché plus grand que celui du blasphème, du vol, de l’adultère, de l’homicide ou de toute autre chose défendue par la loi de Dieu et châtiée par sa justice infinie. »

Il s’agit de savoir aussi si, oui ou non, on peut grâce à la raison naturelle arriver à la véritable Eglise. Si oui, alors la raison naturelle permet de discerner parmi toutes les sectes la vraie, et donc naturellement, sans avoir besoin de l’Eglise, mais avec les preuves traditionnelles et la lumière divine donnée à tout homme de bonne volonté qui la demande, de se rendre compte que ceux à Rome ne sont pas de la vraie Eglise Une dans son Dieu, Un et Trine, Père, Fils et St-Esprit, dont la 2ème Personne s’est fait homme sous le nom de Jésus dans le sein d’une Vierge, une dans sa doctrine unique, une dans sa Foi, une dans son Baptême, Sainte dans son Chef, dans l’Eglise triomphante, dans les mœurs qu’elle enseigne, Catholique et universelle, voulant la conversion de tous et les amener tous dans la Bergerie du Bon Pasteur qui est la vraie Eglise, Apostolique avec le vrai Sacrement d’Ordre et donc Romaine jusqu’en 1958.

Le Siège apostolique, toujours à Rome, est vacant, et attend que Dieu veuille bien y mettre à nouveau quelqu’un. Comment? Je l’ignore, mais Dieu le sait, et rien ne lui est impossible, lui dont la Sagesse et les pensées surpassent celles des hommes, et qui a consacré lui-même l’Eglise d’Einsieldeln sans l’aide d’Évêques. Mais ceux de Rome, je le comprends, n’ont rien à voir, même matériellement, avec la succession des Souverains Pontifes.

Je voudrais terminer en disant que, malgré ses erreurs en matière de jugement, l’Institut Mater Boni Consilii est un bon Institut encore catholique. Son histoire de jugements officieux ou officiel garde encore un lien entre cet Institut et la fausse église, en lui permettant de nommer des « cardinaux » qu’ils estiment valides pour « nommer » un faux « pape ». Mais je doute qu’aucun théologien dont l’Institut se sert ait pu avoir en vue une situation de l’Eglise telle qu’elle est actuellement, car les faux papes sont trop clairement dans l’erreur et le mal pour qu’il soit question de ces choses-là. Le constat d’Innocent III est clair : il peut être « jugé » en matière de foi par l’Eglise, s’il ne peut pas l’être pour autre chose.

Quant à la Fraternité st Pie X, le fait de s’être affiliée à son « pape » de manière plus ou moins schismatisante la rend plus ou moins infréquentable, et ses prêtres téméraires n’ont pas d’excuses lorsqu’ils rejettent contre l’avis des vrais papes le Magistère ordinaire. Ils ne sont ni ignorants, ni de bonne foi (car ils savent lire et ont lu Pie XII ou d’autres Papes), ni irréfléchis (quoique l’irréflexion peut encore être alléguée quand on veut suivre aveuglément son modèle ou son chef, mais il s’agit alors d’esprit sectaire)… Ils n’ont pas forcément perdu la Foi, mais, comme le dit Pie XII dans l’encyclique Humani generis :

« Aussi, après avoir mûrement pesé et considéré la chose devant Dieu, pour ne pas manquer à Notre devoir sacré, Nous enjoignons aux Evêques et aux Supérieurs de familles religieuses, leur en faisant une très grave obligation de conscience, de veiller avec le plus grand soin à ce que ces opinions ne soient pas exposées dans les écoles, dans les réunions, dans n’importe quels écrits, et qu’elles ne soient pas enseignées on quelque manière que ce soit aux clercs et aux fidèles.

Que ceux qui sont professeurs d’instituts ecclésiastiques sachent qu’ils ne peuvent exercer on toute tranquillité de conscience la charge d’enseigner qui leur est confiée, s’ils n’acceptent pas religieusement les normes doctrinales que Nous avons édictées, et s’ils ne les suivent pas exactement au cours de la formation de leurs élèves. Le respect et l’obéissance qu’ils doivent professer envers le magistère de l’Eglise dans leur travail quotidien, ils les doivent inculquer aussi au coeur et à l’esprit de leurs élèves.

Oui, qu’ils travaillent, usant de toutes leurs forces et de toute leur application, à faire avancer les disciplines qu’ils enseignent, mais qu’ils se gardent aussi d’outrepasser les limites que nous avons fixées en vue de protéger les vérités de la foi et la doctrine catholique. Face aux nouveaux problèmes qui se posent pour le grand public en raison de la culture et du progrès moderne, qu’ils apportent leur large part dans la recherche la plus diligente, mais avec la prudence et les précautions qui s’imposent ; et enfin qu’ils ne pensent pas, cédant trop volontiers à un faux  » irénisme  » que pourront être heureusement ramenés dans le sein de l’Eglise les dissidents et les égarés si on ne leur enseigne pas sincèrement à tous la vérité, telle qu’elle est, intègre si vivante dans l’Eglise sans la corrompre et sans l’amoindrir. »

« On sait combien l’Eglise estime la raison humaine dans le pouvoir qu’elle a de démontrer avec certitude l’existence d’un Dieu personnel, de prouver victorieusement par les signes divins les fondements de la foi chrétienne elle-même, d’exprimer exactement la loi que le Créateur a inscrite dans l’âme humaine et enfin de parvenir à une certaine intelligence des mystères, qui nous est très fructueuse (7).

La raison cependant ne pourra remplir tout son office avec aisance et en pleine sécurité que si elle reçoit une formation qui lui est due : c’est-à-dire quand elle est imprégnée de cette philosophie saine qui est pour nous un vrai patrimoine transmis par les siècles du passé chrétien et qui jouit encore d’une autorité d’un ordre supérieur, puisque le magistère de l’Eglise a soumis à la balance de la révélation divine, pour les apprécier, ses principes et ses thèses essentielles qu’avaient peu à peu mis en lumière et définis des hommes de génie. Cette philosophie reconnue et reçue dans l’Eglise défend, seule, l’authentique et juste valeur de la connaissance humaine, les principes inébranlables de la métaphysique, à savoir de raison suffisante, de causalité et de finalité la poursuite enfin, effective, de toute vérité certaine et immuable.

Dans cette philosophie, sans doute sont traitées des parties qui ni directement ni indirectement ne touchent à la foi et aux moeurs: aussi l’Eglise les laisse-t-elle à la libre discussion des philosophes. Mais pour beaucoup d’autres, surtout dans le domaine des principes et des thèses essentielles que Nous avons rappelés plus haut, de liberté de discussion il n’y a point. Même dans ces questions essentielles, il est permis de donner à la philosophie un vêtement plus juste et plus riche, de la renforcer de développements plus efficaces, de la débarrasser de quelques procédés scolaires insuffisamment adaptés, de l’enrichir discrètement aussi d’éléments apportés par une pensée humaine qui sainement progresse, mais il n’est jamais possible de la bouleverser, de la contaminer de principes faux ou même de la tenir pour un monument sans doute imposant mais absolument suranné.

Car la vérité et toute son explication philosophique ne peuvent pas changer chaque jour, surtout quand il s’agit de principes évidents, par soi, pour tout esprit humain ou de ces thèmes qui prennent appui aussi bien sur la sagesse des siècles que sur leur accord avec la révélation divine qui les étaye si fortement. Tout ce que l’esprit humain, adonne à la recherche sincère, peut découvrir de vrai ne peut absolument pas s’opposer à une vérité déjà acquise; Dieu, Souveraine Vérité a créé l’intelligence humaine et la dirige, il faut le dire, non point pour qu’elle puisse opposer chaque jour des nouveautés à ce qui est solidement acquis, mais pour que, ayant rejeté les erreurs qui se seraient insinuées en elle, elle élève progressivement le vrai sur le vrai selon l’ordre et la complexion même que nous discernons dans la nature des choses d’où nous tirons la vérité.

C’est pourquoi un chrétien, qu’il soit philosophe ou théologien, ne peut pas se jeter à la légère, pour les adopter, sur toutes les nouveautés qui s’inventent chaque jour; qu’il en fasse au contraire un examen très appliqué, qu’il les pèse en une juste balance ; et ainsi, se gardant de perdre ou de contaminer la vérité déjà acquise, il évitera de causer un dommage certain à la foi elle-même et de la mettre gravement en péril. »

« Nous n’aurions certes pas à déplorer ces écarts loin de la vérité si tous, même en philosophie, voulaient écouter le magistère de l’Église avec tout le respect qui lui est dû; car il lui revient, de par l’institution divine, non seulement de garder et d’interpréter le dépôt de la vérité divinement révélée, mais encore d’exercer toute sa vigilance sur les disciplines philosophiques pour que de faux systèmes ne portent pas atteinte aux dogmes catholiques. »

« En ce qui concerne la théologie, le propos de certains est d’affaiblir le plus possible la signification des dogmes et de libérer le dogme de la formulation en usage dans l’Eglise depuis si longtemps et des notions philosophiques en vigueur chez les Docteurs catholiques, pour faire retour, dans l’exposition de la doctrine catholique, à la façon de s’exprimer de la Sainte Ecriture et des Pères. Ils nourrissent l’espoir que le dogme, ainsi débarrassé de ses éléments qu’ils nous disent extrinsèques à la révélation, pourra être comparé, avec fruit, aux opinions dogmatiques de ceux qui sont séparés de l’unité de l’Eglise: on parviendrait alors à assimiler au dogme catholique tout ce qui plaît aux dissidents.

Bien plus, lorsque la doctrine catholique aura été réduite à un pareil état, la voie sera ouverte, pensent-ils, pour donner satisfaction aux besoins du jour en exprimant le dogme au moyen des notions de la philosophie moderne, de l’immanentisme, par exemple, de l’idéalisme, de l’existentialisme ou de tout autre système à venir. Que cela puisse et doive même être fait ainsi, de plus audacieux l’affirment pour la bonne raison, disent-ils, que les mystères de la foi ne peuvent pas être signifiés par des notions adéquatement vraies, mais par des notions, selon eux, approximatives et toujours changeables, par lesquelles la vérité est indiquée sans doute jusqu’à un certain point, mais fatalement déformée.

C’est pourquoi ils ne croient pas absurde, mais absolument nécessaire que la théologie qui a utilisé au cours des siècles différentes philosophies comme ses instruments propres substitue aux notions anciennes des notions nouvelles, de telle sorte que, sous des modes divers et souvent opposés, et pourtant présentés par eux comme équivalents, elle nous exprime les vérités divines, sous le mode qui sied à des êtres humains. Ils ajoutent que l’histoire des dogmes consiste à exprimer les formes variées qu’a revêtues la vérité successivement selon les diverses doctrines et selon les systèmes qui ont vu le jour tout au long des siècles.

Or, il ressort, avec évidence, de ce que nous avons dit, que tant d’efforts non seulement conduisent à ce qu’on appelle le  » relativisme  » dogmatique, mais le comportent déjà en fait : le mépris de la doctrine communément enseignée et le mépris des termes par lesquels on le signifie le favorisent déjà trop. Certes il n’est personne qui ne sache que les mots qui expriment ces notions, tels qu’ils sont employés dans nos écoles et par le magistère de l’Église, peuvent toujours être améliorés et perfectionnés : on sait d’ailleurs que l’Eglise n’a pas eu recours toujours aux mêmes termes.

Et puis, il va de soi que l’Eglise ne peut se lier à n’importe quel système philosophique dont la vie est de courte durée: ce que les docteurs catholiques, en parfait accord, ont composé au cours des siècles pour parvenir à une certaine intelligence du dogme, ne s’appuie assurément pas sur un fondement aussi caduc. En effet, il n’est pas d’autre appui que les principes et les notions tirés de l’expérience des choses créées; et dans la déduction de ces connaissances, la vérité révélée a, comme une étoile, brillé sur l’intelligence des hommes grâce au ministère de l’Eglise. On ne s’étonne donc pas que les Conciles œcuméniques aient employé et aussi sanctionné certaines de ces notions: aussi, s’en écarter n’est point permis.

Voilà pourquoi négliger, rejeter ou priver de leur valeur tant de biens précieux qui au cours d’un travail plusieurs fois séculaire des hommes d’un génie et d’une sainteté peu commune, sous la garde du magistère sacré et la conduite lumineuse de l’Esprit-Saint, ont conçus, exprimés et perfectionnés en vue d’une présentation de plus en plus exacte des vérités de la foi, et leur substituer des notions conjecturales et les expressions flottantes et vagues d’une philosophie nouvelle appelées à une existence éphémère, comme la fleur des champs, ce n’est pas seulement pécher par imprudence grave, mais c’est faire du dogme lui-même quelque chose comme un roseau agité par le vent.

Le mépris des mots et des notions dont ont coutume de se servir les théologiens scolastiques conduit très vite à énerver la théologie qu’ils appellent spéculative et tiennent pour dénuée de toute véritable certitude, sous prétexte qu’elle s’appuie sur la raison théologique.

De fait, ô douleur, les amateurs de nouveautés passent tout naturellement du dédain pour la théologie scolastique au manque d’égards, voire au mépris pour le magistère de l’Eglise lui-même qui si fortement approuve, de toute son autorité, cette théologie. Ne présentent-ils pas ce magistère comme une entrave au progrès, un obstacle pour la science? Certains non-catholiques y voient déjà un injuste frein qui empêche quelques théologiens plus cultivés de rénover leur science.

Et alors que ce magistère, en matière de foi et de moeurs, doit être pour tout théologien la règle prochaine et universelle de vérité, puisque le Seigneur Christ lui a confié le dépôt de la foi – les Saintes Ecritures et la divine Tradition – pour le conserver, le défendre et l’interpréter, cependant le devoir qu’ont les fidèles d’éviter aussi les erreurs plus ou moins proches de l’hérésie et pour cela  » de conserver les constitutions et les décrets par lesquels le Saint-Siège proscrit et interdit ces opinions qui faussent les esprits  » (2), est parfois aussi ignoré d’eux que s’il n’existait pas. Ce qu’exposent les Encycliques des Pontifes Romains sur le caractère et la constitution de l’Eglise est, de façon habituelle et délibérée, négligé par certains dans le but très précis de faire prévaloir une notion vague qu’ils nous disent puisée chez les anciens Pères et surtout chez les Grecs.

A les entendre, les Pontifes, en effet, n’auraient jamais dessein de se prononcer sur les questions débattues entre théologiens ; aussi le devoir s’impose à tous de revenir aux sources primitives et aussi d’expliquer les constitutions et décrets plus récents du magistère selon les textes des anciens.

Tout cela semble dit de façon très habile, mais tout cela est faux en réalité. Car s’il est exact que, en général, les Pontifes laissent la liberté aux théologiens dans les matières où les docteurs du meilleur renom professent des opinions différentes, l’histoire pourtant nous apprend que bien des choses laissées d’abord à la libre discussion ne peuvent plus dans la suite souffrir aucune discussion.

Et l’on ne doit pas penser que ce qui est proposé dans les lettres Encycliques n’exige pas de soi l’assentiment, sous le prétexte que les Papes n’y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur magistère. C’est bien, en effet, du magistère ordinaire que relève cet enseignement et pour ce magistère vaut aussi la parole : « Qui vous écoute, m’écoute…  » (3), et le plus souvent ce qui est proposé et imposé dans les Encycliques appartient depuis longtemps d’ailleurs à la doctrine catholique.

Que si dans leurs Actes, les Souverains Pontifes portent à dessein un jugement sur une question jusqu’alors disputée, il apparaît donc à tous que, conformément à l’esprit et à la volonté de ces mêmes Pontifes, cette question ne peut plus être tenue pour une question libre entre théologiens.

Il est vrai encore que les théologiens doivent toujours remonter aux sources de la révélation divine; car il leur appartient de montrer de quelle manière ce qui est enseigné par le magistère vivant  » est explicitement ou implicitement trouvé  » (4) dans la Sainte Ecriture et la divine  » tradition « . Ajoutons que ces deux sources de la doctrine révélée contiennent tant de trésors et des trésors si précieux de vérités qu’il est impossible de les épuiser jamais. C’est bien la raison pour laquelle nos sciences sacrées trouvent toujours une nouvelle jeunesse dans l’étude des sources sacrées ; tandis que toute spéculation qui néglige de pousser plus avant l’examen du dépôt sacré ne peut qu’être stérile : l’expérience est là, qui le prouve.

Mais on ne peut pas, pour cette raison, équiparer la théologie, même celle qu’on dit positive, à une science purement historique. Car Dieu a donné à son Eglise, en même temps que les sources sacrées, un magistère vivant pour éclairer et pour dégager ce qui n’est contenu qu’obscurément et comme implicitement dans le dépôt de la foi. Et ce dépôt, ce n’est ni à chaque fidèle, ni même aux théologiens que le Christ l’a confié pour en assurer l’interprétation authentique, mais au seul magistère de l’Eglise. Or si l’Eglise exerce sa charge, comme cela est arrivé tant de fois au cours des siècles, par la voie ordinaire ou par la voie extraordinaire, il est évident qu’il est d’une méthode absolument fausse d’expliquer le clair par l’obscur, disons bien qu’il est nécessaire que tous s’astreignent à suivre l’ordre inverse.

Aussi notre Prédécesseur, d’immortelle mémoire, Pie IX, lorsqu’il enseigne que la théologie a la si noble tâche de démontrer comment une doctrine définie par l’Eglise est contenue dans les sources, ajoute ces mots, non sans de graves raisons:  » dans le sens même où l’Eglise l’a définie « .

Mais pour en revenir aux systèmes nouveaux auxquels nous avons touché plus haut, il y a certains points que quelques-uns proposent ou qu’ils distillent, pour ainsi dire, dans les esprits, qui tournent au détriment de l’autorité divine de la Sainte Ecriture. Ainsi on a audacieusement perverti le sens de la définition du Concile du Vatican sur Dieu, auteur de la Sainte Ecriture; et la théorie qui n’admet l’inerrance des lettres sacrées que là où elles enseignent Dieu, la morale et la religion, on la professe en la renouvelant, bien qu’elle ait été plusieurs fois condamnée.

Bien plus, de la façon la plus incorrecte, on nous parle d’un sens humain des Livres Saints, sous lequel se cacherait le sens divin, le seul, nous dit-on, qui serait infaillible. Dans l’interprétation de la Sainte Ecriture, on s’interdit de tenir compte de l’analogie de la foi et de la tradition ecclésiastique. En conséquence, c’est la doctrine des Saints Pères et du magistère sacré qui devrait être ramenée, pour ainsi dire, à la juste balance de l’Ecriture et de l’Ecriture telle qu’elle est expliquée par des exégètes qui ne font appel qu’à la lumière de la raison; et, partant, ce n’est plus la Sainte Ecriture qu’il faudrait expliquer selon la pensée de l’Eglise que le Christ institua gardienne et interprète de tout le dépôt de la vérité divinement révélée.

En outre, le sens littéral de la Sainte Ecriture et son explication faite laborieusement, sous le contrôle de l’Eglise, par tant d’exégètes de si grande valeur doivent céder, d’après les inventions qui plaisent aux novateurs, à une exégèse nouvelle, dite symbolique et spirituelle; et ainsi seulement, les Livres Saints de l’Ancien Testament, qui seraient aujourd’hui encore ignorés dans l’Eglise, comme une source qu’on aurait enclose, seraient enfin ouverts à tous. Ils assurent que toutes les difficultés, par ce moyen, s’évanouiront, qui ne paralysent que ceux-là qui se tiennent attachés au sens littéral de la Bible.

Il n’est personne qui ne puisse voir à quel point tant de prétentions s’écartent des principes et des règles d’herméneutique si justement fixés par Nos Prédécesseurs d’heureuse mémoire Léon XIII dans l’Encyclique Providentissimus et Benoît XV dans l’Encyclique Spiritus Paraclitus et par Nous-même dans l’Encyclique Divino afflante Spiritu.

Il n’est pas étonnant que pareilles nouveautés aient déjà produit des fruits empoisonnés dans toutes les parties, ou presque, de la théologie. On révoque en doute que la raison humaine, sans le secours de la révélation et de la grâce divine, puisse démontrer l’existence d’un Dieu personnel par des arguments tirés des choses créées; on nie que le monde ait eu un commencement et l’on soutient que la création est nécessaire, puisqu’elle procède de la nécessaire libéralité de l’amour de Dieu; on refuse aussi à Dieu l’éternelle et infaillible prescience des libres actions de l’homme. Or tout cela s’oppose aux déclarations du Concile du Vatican (5). »

Dans les courants traditionalistes, il y a plusieurs mouvements. Parmi ceux-là, la Fraternité st Pierre, l’Opus Dei ou encore ceux du Christ-Roi se sont associés à l’église de François, tout en ayant en leur sein des membres qui gémissent de l’esprit moderniste, comme on gémissait d’être arien. Leur condamnation est selon leur degré de connaissances, comme prévient st Jacques. (Jacques 3.1) Celui qui a reçu plus de lumières sera plus sévèrement châtié, prévient l’Évangile. Celui qui sait n’a bien sûr plus d’excuses à part sa faiblesse.

D’autres courants refusent les sacres sans mandat apostolique, et personne ne peut pa s vraiment les condamner pour cette raison, puisqu’en temps normal, une telle attitude est condamnée de manière certaine. Mais à notre époque, quand on ne peut plus demander au Pape d’Évêques, n’est-il pas permis, non pas de s’octroyer une juridiction apostolique que seul le Pape peut donner, mais de transmettre seulement la plénitude de l’Ordre à un autre prêtre pour en faire un « évêque »? J’ignore s’il existe une juridiction de suppléance dans les cas critiques comme ceux d’aujourd’hui. Il s’agit là d’une opinion probable et donc libre, contrairement à la question du Magistère ordinaire, tranchée par Pie XII, et est d’ailleurs celle de Dom Gréa : « Il a fallu, pour la rendre légitime, des nécessités telles que l’existence même de la religion y fût engagée, que le ministère des pasteurs particuliers fût entièrement anéanti ou rendu impuissant, et qu’on ne put espérer aucun recours possible au Saint-Siège. »

« La jeunesse, toujours portée à se vanter de ne rien craindre, souvent craint et a peur de n’apparaître pas assez moderne, de ne pas sembler être à la hauteur de son temps, ou comme certains disent, « à la page ». Mais le vrai chrétien se trouve toujours à la hauteur de n’importe quelle époque ; la jeunesse ne grandit-elle pas valeureuse, non seulement pour le service de la patrie qu’elle aime ardemment, qu’elle défend courageusement, mais aussi pour la foi dans la milice de la vie chrétienne ? Voulez-vous être de ces jeunes catholiques que réclame l’heure actuelle ? Ceux que demande le monde dans lequel le Seigneur vous a appelés à vivre et à travailler ?

Ayez avant tout cette foi, par laquelle « par le coeur on croit à la justice et avec les lèvres on fait profession pour arriver au salut » (Rm 10,10) ; cette foi éclairée, rationabile obsequium vestrum (Rm 12,1), qui a dans le coeur la flamme et dans la raison la lumière ; lumière capable de démontrer à vous-mêmes et aux autres non certes la vérité ineffablement cachée des mystères révélés par Dieu, mais les motifs raisonnables de crédibilité, parce qu’on ne croirait pas si la raison ne croyait pas devoir croire.

Ayez une foi large et cordiale, amie de toute lumière de la nature, qui bien loin d’être hostile aux progrès des sciences et des arts, s’élance vers les vastes champs ouverts à l’intelligence pour collaborer avec elle à la recherche du Vrai, du Bien, du Beau, en la prémunissant contre les dangereuses déviations. Vous êtes jeunes, mais comme disait l’apôtre Paul aux Ephésiens, « ne soyez plus des enfants ballottés et emportés à tout vent de doctrine, au gré de la malice des hommes et de leur astuce à machiner l’erreur » (Ep 4,14).

Ayez une foi fidèle et ferme, ignorant les préjugés, méprisant les superstitions, victorieuse du respect humain, qui ne se laisse ni tuer par les menaces ou par les moqueries, ni allécher par des profits ou des honneurs passagers. Ayez une foi joyeuse et fraternelle et qu’avec votre foi, qui fait de plus en plus de progrès, abonde en chacun de vous la charité (2Th 1,3). Que votre foi soit une foi qui ne se renferme pas dans sa tour d’ivoire, mais qui s’efforce avec une aimable camaraderie de se concilier autour d’elle les coeurs et les âmes pour les gagner à Jésus-Christ. Ayez enfin une foi courageuse et militante, comme de quelqu’un qui a confiance dans le Christ vainqueur du monde.

L’heure présente a besoin de pareils jeunes gens, de pareils lutteurs. Il fut un temps où le jeune catholique pouvait vivre sa foi comme sans opposition et sans péril, en se laissant pour ainsi dire bercer et porter par tout ce qui l’entourait et où il se mouvait, fleur flexible sur le bord du flot chrétien : les institutions politiques et sociales, les moeurs publiques elles-mêmes, malgré les faiblesses et les égarements individuels bien réels, agissaient comme étant imprégnées de l’esprit de l’Evangile ; une poussée de quasi-mimétisme religieux était suffisante pour assurer sinon la paix de la conscience, du moins la tranquillité de la conduite extérieure.

Aujourd’hui le vent du « laïcisme » a parcouru le monde, a pénétré en toute région et a commencé à s’insinuer si profondément dans l’âme des peuples, même de ceux les plus traditionnellement catholiques, que le jeune homme chrétien, vivant au sein de la société, a besoin pour conserver sa foi bien vivante, de posséder l’audace de naviguer contre un torrent de matérialisme, d’indifférence religieuse, de sensualisme païen, de frénésie du plaisir. Mais où une telle audace, qui n’est autre chose qu’une sainte témérité, prendra-t-elle de vigoureuses racines, sinon dans la jeunesse hardie de pensée et d’espoir, dans une jeunesse forte et sage, noble et pure comme la vôtre ? Tu ne cède malis, sed contra audentior ito 3.

Regardez autour de vous et dites si vous, qui êtes élevés jusqu’aux choses célestes, vous n’oserez pas pour le service et l’amour de Jésus-Christ ce que d’autres jeunes osent et endurent à cause d’un attachement passionné à un idéal terrestre et périssable. Regardez autour de vous et dites si ce ne serait pas indécent de voir la « jeunesse athée » penser plus souvent et avec tant d’ardeur à Dieu pour le nier et le faire nier, pour le haïr et le faire haïr, que vous, jeunes catholiques, pour l’aimer et pour le servir, pour le faire servir et aimer. Laissez-Nous, chers fils, répéter à chacun de vous ce qui fut dit à un jeune archer victorieux : Macte nova virtute, puer, sic itur ad astra 4. »

« Mais l’enfance spirituelle se distingue de l’autre par la maturité du jugement surnaturellement inspiré par le Maître intérieur : « Ne soyez pas des enfants sous le rapport du jugement, dit saint Paul, mais faites-vous enfants sous le rapport de la malice » (1Co 14,20). De plus, comme l’a noté sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, après saint François de Sales, tandis que, dans l’ordre naturel, l’enfant qui grandit doit apprendre à se suffire, dans l’ordre de la grâce, l’enfant de Dieu, en grandissant, comprend de mieux en mieux qu’il ne pourra jamais se suffire à lui-même, qu’il doit vivre dans une docilité supérieure à son activité personnelle guidée par sa prudence, docilité qui finalement le fera entrer dans le sein du Père, in sinu Patris pour l’éternité.

Cette voie d’enfance, si on l’entend bien, nous rappelle donc la simplicité supérieure de l’âme qui va droit à Dieu avec une intention très pure. Elle nous redit l’importance de l’humilité qui porte à demander la grâce de Dieu, puisque « sans lui nous ne pouvons rien faire » dans l’ordre du salut. » Pie XII.

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